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Dix questions

Dix questions

ENTREVUES AVEC DES LEADERS DE L’INDUSTRIE DES MÉDIAS TÉLÉVISUELS ET CINÉMATOGRAPHIQUES  

CHRIS MCDONALD, PRÉSIDENT DE HOT DOCS

La Guilde a rencontré le président du festival Hot Docs, Chris McDonald, pour discuter du cinéma documentaire au Canada, de sa position de chef de file du domaine des arts, et de bien d’autres sujets.

1. QUEL DOCUMENTAIRE VOUS A LE PLUS INFLUENCÉ, ET POURQUOI?

C’est Grey Gardens qui arrive au sommet de ma liste. Il est suivi par Sergio, un excellent film de Greg Barker, qui suit un diplomate brésilien travaillant pour l’ONU, ledit Sergio; c’est l’une de ces histoires au déploiement narratif incroyable. Quel personnage héroïque et inoubliable! Si le film a eu une telle résonance chez moi, c’est entre autres parce que je ne connaissais pas du tout Sergio avant de voir le film, et que je ne pourrai maintenant jamais l’oublier. J’ai raconté au cinéaste Greg Barker que j’avais donné le DVD à mon neveu de 17 ans et à ses amis fiers-à-bras, et qu’ils ont tous pleuré en l’écoutant. C’est un film tellement touchant. Il y a d’ailleurs tant d’excellents films canadiens. L’œuvre d’Allan King est absolument inoubliable; Un couple marié (A Married Couple) figure aussi haut sur ma liste, tout comme Warrendale. Je dois voir à peu près 300 films par année, et je suis impressionné par la profondeur et la variété du corpus.

 

Grey Gardens (Dir: Albert and David Maysles, 1975)Grey Gardens (Réal. : Albert et David Maysles, 1975)

SERGIO (Dir: Greg Barker, 2009)Sergio (Réal. : Greg Barker, 2009)

2. À VOTRE AVIS, QUEL DOCUMENTARISTE FAUT-IL SURVEILLER?

Je meurs d’impatience de voir la prochaine œuvre de Jennifer Baichwal. J’aime les films de Charles Wilkinson et ceux de Larry Weinstein, de Sturla Gunnarsson et de Shelley Saywell. C’est une chance : notre bassin de talents canadiens est très vaste.

3. EN QUOI LA TECHNOLOGIE A-T-ELLE CHANGÉ LE CINÉMA DOCUMENTAIRE?

Son incidence est énorme. La production de films est maintenant plus rapide, abordable, facile et accessible. La technologie a démocratisé l’industrie. Elle a aussi engendré bien des plateformes pour mettre les œuvres en vitrine. Ce faisant, elle a contribué à cette renaissance du documentaire qu’on observe partout dans le monde. J’ai remarqué qu’il y a bien plus de programmes universitaires sur le documentaire qu’à l’époque de mes études. Nous verrons l’avènement de beaucoup de formations axées sur le genre et nous le devrons, je crois, aux avancées technologiques. Les caméras coûtent moins cher, et le montage est beaucoup moins long, complexe et dispendieux. Les gens réalisent maintenant de bons films avec trois fois rien.

L’envers de la médaille, c’est que la télévision traditionnelle et câblée consacre moins d’argent au genre. Il n’a jamais été facile de financer un documentaire; c’est particulièrement vrai maintenant. Heureusement, le multiplateforme a fait naître des possibilités uniques, tout comme l’intérêt international pour des longs métrages documentaires.

Ceux d’entre nous qui ont grandi au Canada en regardant de vieux documentaires de l’ONF (l’ONF produit d’excellents documentaires, cela dit) avaient l’habitude de dire à la blague : « Les documentaires sont comme l’huile de foie de morue : ils ont un goût désagréable, mais ils sont bons pour nous. » C’est un préjugé que nous avons activement tenté de faire tomber à Hot Docs, surtout aux premiers jours du festival. Nos campagnes de promotion misaient toujours sur des images amusantes et surprenantes pour interpeller les gens, et combattre l’idée reçue selon laquelle les documentaires sont ennuyants, figés ou didactiques, et quoi encore de négatif. Je crois que cette stratégie a très bien fonctionné auprès de nos publics cibles.

Ici comme ailleurs, il y a un public tellement vaste et dévoué pour les documentaires. Quand je suis passé du Canadian Film Centre (CFC), dans l’ancienne propriété d’E.P. Taylor sur l’avenue Bayview, où nous avions un terrain de tennis et une piscine, à un bureau sans meuble et sans téléphone sur la rue Adelaide, je me suis demandé : « Mais qu’est-ce que je fais ici? »

J’ai été tellement encouragé par toutes ces personnes qui m’agrippaient au passage en chuchotant sur un ton presque conspirateur : « J’aime les documentaires. » Je leur répondais : « C’est vrai? Génial! », parce que je n’étais pas certain que d’autres personnes partageaient ma passion. D’ailleurs, quand je dis que je dirige un festival de documentaires, le regard d’une personne sur dix, environ, se voile – elle ne comprend pas. Mais la grande majorité des gens font preuve de curiosité et d’un profond respect.

S’il est difficile d’inciter les jeunes à acheter un billet de cinéma, n’oublions pas qu’ils regardent des documentaires sur diverses plateformes. C’est un défi. Nous ne sommes plus qu’un festival; nous exploitons maintenant toute l’année un cinéma qui, à son ouverture, était le seul au monde à se consacrer exclusivement aux documentaires. Il y en a maintenant un à Londres, et c’est tant mieux. Nous assistons à un congrès d’exploitants de cinémas indépendants d’Amérique du Nord, qui a lieu avant Sundance chaque année. Nous en avons entre autres tiré cette leçon : « Ne vous en faites pas trop si vous n’attirez pas les jeunes. » Ils sont capables de télécharger du contenu gratuitement, que ce soit légal ou non. Notre public est donc un peu plus âgé. Et ce sont tous les cinémas, pas seulement ceux consacrés aux documentaires, qui ont du mal à attirer les adeptes du piratage. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a forcément un intérêt pour le contenu.

4. QUELLE EST LA MEILLEURE ŒUVRE, PEU IMPORTE LE TYPE DE CONTENU, QUE VOUS AVEZ VUE RÉCEMMENT?

Deux films canadiens ont figuré sur la liste préliminaire de dix courts métrages documentaires retenus pour les Academy Awards de l’an dernier, les deux ayant bénéficié des fonds Hot Docs : My Enemy, My Brother d’Ann Shin, et Claude Lanzmann : porte-parole de la Shoah (Claude Lanzmann: Spectres of the Shoah) d’Adam Benzine, qui a même été nommé pour un Oscar. Le film d’Adam a été soutenu par le fonds Corus-Hot Docs, et celui d’Ann a été retenu il y a quelques années lors de notre événement Deal Maker, qui facilite les ententes de financement; nous sommes donc énormément fiers de notre association avec ces films remarquables. Et j’ai vu un excellent film qui sera présenté au cinéma Hot Docs : Palio, qui porte sur la course de chevaux, vieille de 800 ans, tenue deux fois par été sur la place de Sienne.

5. QUEL AVANTAGE A UN DOCUMENTARISTE DU CANADA SUR CEUX DU RESTE DU MONDE?

Le Canada compte plusieurs festivals de cinéma exceptionnels. Nous avons aussi l’une des plus anciennes agences fédérales vouées aux œuvres audiovisuelles, l’ONF. Il y a au pays un nombre incalculable de programmes universitaires axés sur le documentaire. De plus, d’importants rassemblements, comme la Guilde et l’Association des documentaristes du Canada (DOC), appuient les cinéastes. Ceux-ci ont accès à de nombreux fonds, dont ceux du Groupe de Fonds Rogers. Hot Docs a amassé près de huit millions de dollars auprès du secteur privé, qu’il redonne aux cinéastes sous forme de subventions par l’intermédiaire du fonds Corus-Hot Docs. Et c’est sans compter les divers organismes provinciaux et fédéraux. Nous pouvons donc nous appuyer sur un système de soutien très élaboré. Certains diront qu’il ne suffit pas, mais si on le compare à celui des États-Unis, il est extrêmement solide. Cela dit, il n’est pas aussi généreux que les systèmes en place en Europe, mais n’oublions pas que certains pays n’en ont aucun. Et nous avons au Canada une tradition du documentaire bien ancrée et un public dévoué. Toronto se classe après tout au troisième rang des villes les plus friandes de cinéma en Amérique du Nord. Elle accueille plus de festivals de cinéma que toute autre ville du monde, dont les deux plus importants d’Amérique du Nord : le TIFF et Hot Docs. Les spectateurs recherchant une programmation internationale de documentaires finement choisis ont donc l’embarras du choix.

6. À QUELS OBSTACLES LES DOCUMENTARISTES CANADIENS SONT-ILS CONFRONTÉS?

Les fusions d’organismes ont réduit les portes d’entrée sur le documentaire. La popularité grandissante des productions factuelles a miné le soutien apporté aux longs métrages documentaires créatifs. Les influences et les défis du marché entrent aussi en compte. Les productions factuelles coûtent moins cher, et le financement des documentaires ponctuels en subit les contrecoups.

7. VOUS AVEZ TRAVAILLÉ FORT POUR OUVRIR DES PORTES AUX DOCUMENTARISTES CANADIENS. QUELS CONSEILS LEUR DONNERIEZ-VOUS POUR LES AIDER À RÉALISER ET À DIFFUSER LEURS FILMS?

Je crois qu’assister aux festivals est un bon point de départ. Le TIFF prévoit chaque année des conférences des plus intéressantes sur les documentaires, en plus d’une programmation de longs métrages remarquable; c’est aussi le cas de Hot Docs, et des festivals de Vancouver, de Calgary et de Whistler. Les documentaristes peuvent donc trouver bien des occasions de se perfectionner dans le cadre des festivals. DOC constitue aussi une excellente ressource, non seulement pour le transfert des connaissances, mais aussi pour ses occasions de réseautage; elle permet notamment de rencontrer d’autres cinéastes, d’échanger des idées et d’apprendre. Je crois qu’il faut bien comprendre le marché, qui évolue sans cesse, et comprendre les tendances locales et internationales. Déterminez le type de film que vous voulez réaliser, cernez votre public et prenez conscience des possibilités multiplateformes. Le CFC offre aussi un excellent programme pour les longs métrages documentaires. En somme, il faut faire ses recherches. Les festivals et les salons offrent d’excellentes occasions d’apprentissage. Évidemment, il faut aussi regarder le plus de films possible.

8. QUELLE IMPORTANTE LEÇON AVEZ-VOUS APPRISE DURANT VOTRE CARRIÈRE DANS L’INDUSTRIE DES MÉDIAS TÉLÉVISUELS ET CINÉMATOGRAPHIQUES?

L’une de mes plus grandes prises de conscience fut celle de l’importance du travail d’équipe pour la croissance d’une organisation. Il faut embaucher les meilleurs talents, leur donner toutes les ressources possibles, puis les laisser faire leur travail. Déterminons le niveau de soutien dont ils ont besoin, fournissons-le-leur, puis prenons du recul. Faisons-nous un devoir de bien traiter les talents. Quand j’étais responsable d’une division au CFC, quelque chose m’a frappé : très peu d’entre ceux qui étaient à la tête d’une équipe avaient reçu une formation en gestion. Nous avions tous étudié les arts libéraux à l’université, et nous nous retrouvions à gérer des équipes malgré notre expérience limitée. Vingt ans plus tard, je trouve ça désolant; je vois encore quantité d’organisations artistiques et culturelles dirigées par des gens de mon âge, ou plus vieux, qui ont apprivoisé la gestion en cours d’emploi; nous multiplions les erreurs. Ça me fâche de voir tous ces hauts dirigeants faire de la microgestion. Ils ne comprennent pas à quel point ils nuisent à la productivité et à la motivation. Combien de temps et d’énergie sont gaspillés par ces dirigeants qui ne se sont pas rendu compte que leur équipe était essentielle, et qu’ils devaient la soutenir. Payez vos employés le mieux possible, traitez-les avec le plus grand respect et donnez-leur tout le soutien qu’il leur faut. Vous devriez créer ainsi un milieu dans lequel ils voudront grandir.

9. OÙ VOYEZ-VOUS HOT DOCS ET LE CINÉMA BLOOR HOT DOCS DANS CINQ ANS?

La bonne nouvelle, c’est que le cinéma, ouvert depuis trois ans et demi, est rentable; ses profits sont réinvestis dans l’organisation, et nous permettent d’étendre notre offre de programmes divers. Nous sommes ravis d’avoir pu rescaper l’un des huit cinémas indépendants qui restent à Toronto. Notre mécène a acheté le cinéma en 2012. Il nous a embauchés pour le gérer et l’exploiter, et pour choisir les films à l’affiche. Nous avons immédiatement généré des profits. Nous avons ensuite pu lui racheter le cinéma en juin de cette année, et l’avons rebaptisé cinéma Hot Docs Ted Rogers. Nous comptons plus de 5 500 membres, et nos projections, qui sont au nombre de 23 à 25 par semaine, attirent en moyenne plus de 100 spectateurs chacune. C’est très satisfaisant de constater l’intérêt pour les documentaires, et de voir que nous avons pu former une communauté et redonner vie à l’un des plus importants cinémas de Toronto.

Mais nous ne voulons pas être l’un des seuls cinémas axés sur le documentaire au monde; nous espérons qu’il y en ait des dizaines. C’est pourquoi nous sommes toujours prêts à communiquer nos pratiques exemplaires et nos plans d’affaires aux organisations sœurs du Canada et du reste du monde. Nous espérons que d’autres cinémas semblables rejoignent nos rangs, parce qu’ils élargissent les possibilités pour les documentaristes.

10. QUELS SONT LES ÉLÉMENTS ESSENTIELS D’UN BON DOCUMENTAIRE?

La perfection formelle ne semble pas aussi importante pour un documentaire que pour une fiction. Il y a des documentaires très réussis et fascinants qui, bien qu’ils ne soient pas aussi léchés qu’ils l’auraient pu, fonctionnent parce que l’histoire est forte, les personnages, attachants, et parce qu’ils nous font vivre beaucoup d’émotions. J’observe bien des tendances. J’ai remarqué que les documentaristes européens accordaient plus d’importance à la forme tandis que leurs collègues nord-américains misent un peu plus sur l’histoire et les personnages. Quoiqu’il me semble que le vent tourne : les Nord-Américains emboîtent le pas à leurs homologues européens, tandis ces derniers s’attardent de plus en plus à l’histoire. En définitive, je crois que l’élément essentiel à une histoire, c’est son incidence émotive. Elle doit éveiller des émotions chez le public, d’une façon ou d’une autre. Il doit se sentir interpellé, fâché, transporté, illuminé ou enragé. Mais pas ennuyé. Cet effet peut aussi être causé par l’esthétique : une série de belles images peut nous toucher. L’histoire, la forme et les personnages sont tous des éléments essentiels.

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Chris McDonald est président de Hot Docs depuis 2013; il en était auparavant le directeur général depuis 1998. Né à Montréal, il est diplômé en études cinématographiques de l’Université McGill. Avant Hot Docs, Chris a été pendant cinq ans directeur du développement au prestigieux Canadian Film Centre, fondé par le réalisateur Norman Jewison. Auparavant, il avait travaillé pour deux organisations environnementales d’envergure nationale. Il siège à plusieurs conseils consultatifs de l’industrie, en plus d’avoir fait partie de panels et de jurys lors de festivals et de salons de premier ordre partout dans le monde. Ayant pour mission le développement et la reconnaissance du genre documentaire, ainsi que la diffusion du travail de ses artisans, Hot Docs est maintenant considéré comme le plus important festival du documentaire en Amérique du Nord. Lancé en 2000, son événement phare, le Hot Docs Forum, constitue le salon le plus important du marché du documentaire en Amérique du Nord. Le festival a attiré 211 000 spectateurs en 2016, ainsi que 2 500 délégués inscrits. Hot Docs administre également plusieurs fonds de production et propose des représentations gratuites à plus de 93 000 étudiants chaque année. En 2012, l’organisation a ouvert le cinéma Bloor Hot Docs à Toronto, l’un des seuls cinémas du monde consacrés aux documentaires.

 

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Dix questions

ENTREVUES AVEC DES LEADERS DE L’INDUSTRIE DES MÉDIAS TÉLÉVISUELS ET CINÉMATOGRAPHIQUES  

STEVE GRAVESTOCK : RESPONSABLE PRINCIPAL DE LA PROGRAMMATION DU FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE TORONTO (TIFF)

À l’approche du Canada’s Top Ten Film Festival, chapeauté par le TIFF, la Guilde s’est entretenue avec Steve Gravestock de ce palmarès et de ses films canadiens préférés, entre autres.

1. PARLEZ-NOUS DU CANADA’S TOP TEN FILM FESTIVAL ET DE SON IMPORTANCE POUR LES CINÉASTES CANADIENS.

Ce festival est né d’une idée qu’avait eue Piers Handling, le directeur général du TIFF, il y a dix-sept ans. Son but est de donner de la visibilité au cinéma canadien sur la scène internationale et, surtout, au Canada. Au départ, il ne s’agissait que d’une liste de titres. Puis, on a ajouté des représentations et des discussions sur scène, et ensuite des volets distincts pour les longs-métrages, les courts-métrages et les courts-métrages d’étudiants. Aujourd’hui, on projette même des œuvres tirées des archives. Les films, ou du moins une partie de ceux-ci, sont maintenant présentés dans dix villes canadiennes et, cette année, le volet de films des archives fait aussi partie de l’initiative Canada à l’écran du TIFF dans le cadre du 150e anniversaire du pays. Je suis convaincu qu’il a fait mieux connaître les œuvres canadiennes, ou à tout le moins, donné lieu à des discussions sur le cinéma d’ici. Cette visibilité et ces conversations sont particulièrement essentielles dans le contexte actuel, où les studios américains dominent toujours les salles de cinéma canadiennes. Le but du Top Ten n’a jamais été de comparer les films dans l’absolu, mais plutôt de donner un aperçu de ce qui s’est fait cette année-là. Il a ailleurs offert une excellente vitrine aux artistes émergents, comme les réalisateurs Kazik Radwanski (PRINCESS MARGARET BLVD.), Jeff Barnaby (RHYMES FOR YOUNG GHOULS), Ingrid Veninger (MODRA), Anne Émond (LES ÊTRES CHERS), Andrew Huculiak (VIOLENT), Jacob Tierney (TWIST et THE TROTSKY), Seth Scriver et Shayne Ehman (ASPHALT WATCHES). Le Top Ten a aussi contribué au succès commercial d’INCENDIES et de MONSIEUR LAZHAR.

Le cinéma canadien a connu un véritable essor en 2017, grâce à des cinéastes comme Ashley MacKenzie (WEREWOLF), Kevan Funk (HELLO DESTROYER) et Johnny Ma (OLD STONE). Tous trois avaient déjà eu un court-métrage dans la programmation du Top Ten. À bien des égards, le Top Ten est un prolongement naturel du TIFF, découlant de l’engagement de ce dernier envers les œuvres canadiennes. Ce mandat se traduit aussi dans d’autres initiatives, comme Film Circuit, la base de données Film Reference Library, la Cinematheque, les festivals TIFF Kids, Next Wave et bien sûr le TIFF comme tel, sans compter ses nouveaux programmes comme Talent Lab et Studio.

2. COMMENT CHOISISSEZ-VOUS LES FILMS DU CANADA’S TOP TEN FILM FESTIVAL?

Contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas nous qui choisissons les films (sauf les courts-métrages d’étudiants, qui sont sélectionnés avec brio par ma collègue Lisa Haller, tout comme le faisait sa prédécesseure, Magali Simard). Nous créons un jury composé de cinéastes, de critiques de cinéma et d’autres gens du domaine, et chacun vote de façon indépendante et anonyme pour les courts-métrages et les longs-métrages. Les responsables de la programmation en font parfois partie, mais c’est surtout pour accélérer le processus, en raison de leur expertise (ils voient généralement beaucoup d’œuvres canadiennes). Les membres de ce jury ignorent qui d’autre en fait partie. Nous voulions garantir la confidentialité pour éviter que les dynamiques politiques et d’autres pressions ne s’immiscent dans le processus.

Bien entendu, il y a de nombreux facteurs à considérer lorsque l’on crée ce genre de palmarès. Par exemple, si l’on omet les films qui ont connu le plus grand succès commercial, soit ceux qui ont souvent rejoint le plus grand public, la liste est-elle moins représentative, moins pertinente? Et si l’on inclut ces films, nuit-on aux cinéastes émergents? Jusqu’ici, nous avons eu de la chance puisque les membres du jury ont réussi à maintenir un assez bon équilibre.

Depuis quelques années, nous leur demandons d’essayer de tenir compte du genre de l’œuvre, de l’identité sexuelle, de la diversité et de la région, sans toutefois privilégier certaines catégories. Nous sommes en 2017, comme dirait notre premier ministre, et ce sont des éléments qu’il faut considérer. J’aimerais aussi ajouter que l’admissibilité est basée sur la sortie commerciale et la participation aux festivals; un film peut donc être admissible même s’il n’a pas été présenté au TIFF. Nous tenons compte d’une dizaine de festivals canadiens, comme Hot Docs; les festivals internationaux de Vancouver et de Calgary, le Atlantic Film Festival, le Whistler Film Festival, le Festival des films du monde de Montréal, le Festival du nouveau cinéma, le Images Festival, etc. Je voudrais aussi souligner que nous sommes très chanceux de recevoir un appui aussi enthousiaste des distributeurs canadiens partout au pays.

3. QUELS CONSEILS DONNEZ-VOUS AUX CINÉASTES POUR QUE LEURS FILMS SE DÉMARQUENT À VOS YEUX ET À CEUX DE L’ÉQUIPE DE PROGRAMMATION DU TIFF?

Tout ce que je pourrais dire va de soi. Et si je m’aventurais à donner des conseils, j’ajouterais tellement de mises en garde qu’au final je ne dirais pas grand-chose. Je pourrais vous conseiller de soumettre votre film au début du processus de sélection, avant que l’équipe ne soit submergée, mais ne précipitez pas les choses non plus : livrez une version aussi complète que possible de l’œuvre.

Par contre, je peux affirmer en toute certitude que plus tôt vous nous parlez de votre film, meilleures seront ses chances d’être choisi.

4. PARMI LES PROFESSIONNELS CLÉS DU SECTEUR ARTISTIQUE (MONTEURS, CONCEPTEURS ARTISTIQUES), LESQUELS FONT SELON VOUS UN TRAVAIL RÉSOLUMENT CANADIEN?

Je pense que nous avons une longue tradition d’ironie et de commentaire à l’égard de la culture populaire américaine. Cela remonte à l’émission Second City Television. Les concepteurs d’OPERATION AVALANCHE – Chris Crane, Zosia Mackenzie, John O’Regan et Tom Erik Rossavik – ont d’ailleurs réussi, avec une pointe d’humour subtile, à recréer magnifiquement l’identité visuelle de cette période et des films auxquels on fait référence.

J’ai aussi été impressionné par la conception du film BORN TO BE BLUE de Robert Budreau (Aidan Leroux, Joel Richardson, David LeBrun).
Sans oublier Steve Cosens (RÊVES NOIRS), qui a une excellente feuille de route.

Et il y a aussi Matthew Hannam, un excellent monteur qui a beaucoup de goût.

5. QUEL FILM CANADIEN S’EST LE PLUS DÉMARQUÉ À VOS YEUX EN 2016, ET POURQUOI?

SG: C’est absolument fantastique que le film de Xavier [Dolan] ait remporté un prix à Cannes, et MALIGLUTIT est un film important à de nombreux égards, avec l’une des meilleures séquences de poursuite que je n’ai jamais vue. Mais ce qui m’a le plus renversé cette année, ce sont les risques incroyables qu’ont pris [Mathieu] Denis et [Simon] Lavoie dans CEUX QUI FONT LES RÉVOLUTIONS À MOITIÉ N’ONT FAIT QUE SE CREUSER UN TOMBEAU. Ce film est si décalé et audacieux qu’il ranime ma passion pour le septième art.

Je peux en dire autant des deux autres films que j’ai mentionnés, et d’une quantité d’autres films canadiens et québécois, mais pour des raisons différentes. J’ai adoré le film américain de [Philippe] Falardeau, THE BLEEDER, car je trouve qu’il a capté avec brio l’essence de l’époque.

NIRVANNA THE BAND THE SHOW était aussi vraiment génial.

6. QUELLES ONT ÉTÉ LES GRANDES TENDANCES DU CINÉMA CANADIEN CETTE ANNÉE?

SG: Il y a eu des œuvres exceptionnelles sur la culture des Premières Nations et les problèmes auxquels sont confrontées ces communautés. ANGRY INUK et MALIGLUTIT (tous deux dans le Top Ten) sont d’excellents films, et WE CAN’T MAKE THE SAME MISTAKE TWICE d’Alanis Obomsawin est l’une des œuvres les plus bouleversantes que je n’ai jamais vues.

LIVING WITH GIANTS était très bien fait, et j’ai rarement vu un film aussi impressionnant visuellement que KONELINE de Nettie Wild.
Ce fut une année incroyable pour les documentaires. Je pense notamment à l’excellent THE STAIRS de Hugh Gibson et à THE SKYJACKER’S TALE de Jamie Kastner, un documentaire magnifiquement conçu et plein d’esprit.

Vous aurez deviné que je crois que les documentaires se sont vraiment démarqués cette année. J’adore le fait que des cinéastes canadiens, comme Deepa Mehta, ont abordé des questions sociales, et des questions difficiles à part ça. Et cette approche sera d’autant plus importante maintenant que nos voisins du Sud ont élu un charlatan qui considère les femmes comme du bétail.

7. QUEL EST VOTRE FILM CANADIEN PRÉFÉRÉ?

Je serais incapable d’en choisir un seul, alors je vais simplement vous parler du premier dont le visionnement a exigé des efforts de ma part, soit OUTRAGEOUS! de Richard Benner, un film sur lequel j’avais beaucoup lu dans ma jeunesse, à Burlington. J’étais venu à Toronto dans l’intention de le voir au vieux cinéma Eglinton, puis d’aller voir Iggy Pop au Masonic Temple. Mais comme je n’avais aucune idée de l’étendue de Toronto, je m’imaginais pouvoir marcher de la gare Union à l’avenue Eglinton. (À l’époque, j’avais une phobie des transports collectifs, que j’ai heureusement vaincue.) Quand je suis arrivé au cinéma, il était déjà l’heure de faire demi-tour si je ne voulais pas rater le concert. Mais je suis revenu une semaine plus tard. Et la semaine suivante, je pense.

Par son ton empathique à l’égard des personnages, une imitatrice et une schizophrène, le film montrait Toronto comme un endroit où l’on pouvait être accepté malgré ses différences (sauf qu’ironiquement, les personnages partent vivre à New York à la fin). Avant, je croyais, comme les générations précédentes, qu’il fallait quitter le pays pour s’adonner un tant soit peu aux arts, du moins à l’art qui m’intéressait.
Évidemment, les producteurs du film – Bill Marshall, Henk Van der Kolk et Dusty Cohl – ont eu une incidence considérable sur ma vie et sur le milieu du cinéma en général, pas seulement à cause de ce film, mais aussi parce qu’ils ont fondé le TIFF. La mort de Bill m’a vraiment attristé. Il était tellement plein d’entrain; c’est difficile de concevoir qu’il est parti. Je me souviens de certains passages de téléjournaux où on le voit, vêtu d’un chandail des Leafs, en pleine négociation pour attirer de grands talents comme Robert De Niro et Warren Beatty.

À l’occasion du 25e anniversaire du TIFF, Barry Avrich a produit une vidéo touchante et hilarante dans laquelle les fondateurs se remémorent leurs souvenirs. Ils évoquent notamment l’assurance inconditionnelle de Bill selon laquelle Beatty ou quelqu’un de même envergure viendrait au Festival. Henk ou Dusty fait alors remarquer que ces grands noms sont effectivement venus… 20 ans plus tard. Et Dusty d’ajouter : « Une autre promesse que Bill Marshall aura tenue! » Ce genre d’audace est tout à fait admirable, et il nous manque aujourd’hui.

Les gens ne s’en souviennent pas ou l’ignorent, mais à l’époque, mis à part Martin Knelman, George Anthony et, surtout, Sid Adilman, la presse était indifférente, voire hostile au Festival. L’un des plus importants critiques s’assurait de prendre ses vacances pendant l’événement. Les fondateurs ont donc livré des combats incroyablement rudes, qui paraissent de plus en plus remarquables à mesure que les années passent. Et sur une note personnelle, ils ont souvent fait preuve d’une grande générosité à mon égard.

8. QUEL EST LE PRINCIPAL ATOUT DES CINÉASTES CANADIENS?

Nous bénéficions d’un excellent régime de financement public qui a contribué au développement d’une immense diversité de cinéastes de talent. Il est vrai que ce régime présente de nombreuses failles, lesquelles découlent parfois de changements indépendants de la volonté des gestionnaires, mais ceux-ci s’efforcent chaque année de colmater ces failles et d’améliorer les choses.

Téléfilm, les bureaux provinciaux du cinéma et les conseils des arts ont contribué à faire connaître le cinéma canadien partout dans le monde, d’une manière qui aurait été inconcevable dans ma jeunesse. Un pays qui peut s’enorgueillir de cinéastes comme Atom Egoyan, David Cronenberg, Patricia Rozema, Deepa Mehta, Denis Côté, Mike Dowse, Philippe Falardeau, Bruce MacDonald, Guy Maddin, Albert Shin, Richie Mehta, Kazik Radwanski, Alan Zweig, Denis Villeneuve, Igor Drljaca, Ingrid Veninger, Alanis Obomsawin, Clement Virgo, Blaine Thurier, Nicolás Pereda, Sturla Gunnarsson, Chloé Robichaud, Don McKellar, Ron Mann, Marie-Hélène Cousineau, Luo Li, Jennifer Baichwal, Peter Mettler, Sarah Polley, Matt Johnson… C’est tout simplement incroyable! Combien de pays peuvent compter sur de tels talents?

Et je n’ai même pas nommé un seul des cinéastes en lice dans le cadre du Top Ten, soit le jeune cinéaste le plus prometteur au monde, Xavier Dolan; le pionner Zacharias Kunuk; et des artistes comme Ashley McKenzie, Johnny Ma, Kevan Funk, Anne Émond, Alethea Arnaquq-Baril, Ann Marie Fleming, Nathan Morlando, Mathieu Denis et Simon Lavoie.

Et c’est sans parler des acteurs phénoménaux que nous avons au Canada, comme Tatiana Maslany, Jay Baruchel, Aaron Poole, Sarah Gadon, Mylène Mackay et Jared Abrahamson. Ou encore des scénographes, des monteurs et des directeurs photo. Et je pourrais probablement nommer 50 autres réalisateurs.

9. QUE SOUHAITEZ-VOUS POUR LE MILIEU DU CINÉMA CANADIEN EN 2017?

De meilleures ventes de billets au Canada. Plus de financement pour les arts en général. Et le retour des crédits d’impôt en Nouvelle-Écosse et en Saskatchewan.

10. PARLEZ-MOI D’UNE PERSONNE OU D’UN GROUPE DONT L’INFLUENCE OU LA CONTRIBUTION EST IMPORTANTE POUR LE MILIEU DU CINÉMA CANADIEN. QUE FAIT CETTE PERSONNE OU CE GROUPE, ET POURQUOI CELA FONCTIONNE-T-IL?

Stella Meghie ira très loin. À mon avis, c’est parce qu’elle raconte des histoires qui lui sont chères.

Et bien sûr, je pense à Bruce MacDonald, parce qu’il aborde toujours des sujets intéressants et qu’il ne fait jamais les choses de la même manière.

 

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Dix questions

CAMERON BAILEY, DIRECTEUR ARTISTIQUE DU FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE TORONTO (TIFF)

 

1. QUELLE EST LA MEILLEURE ŒUVRE QUE VOUS AVEZ VUE DANS LE DERNIER MOIS?

Tramps, d’Adam Leon. C’est l’un des films que nous avons montré en première au TIFF. Je l’ai regardé après qu’il ait été sélectionné par Jane Schoettle, notre responsable de la programmation. C’est un long métrage quasi parfait, car tout y est : scénario bien ficelé, jeu subtil, suspense, amour et intrigue surprenante. Je vois des dizaines de films indépendants à petit budget par année, mais rares sont ceux qui sont aussi bien exécutés. Il s’agit d’un modèle à suivre pour les apprentis cinéastes.

2. À VOTRE AVIS, QUELS SONT LES RÉALISATEURS CANADIENS À SURVEILLER?

Je suis très impressionné par la quantité de talent qui émane du Canada à l’heure actuelle. À mon avis, pour chaque Denis Villeneuve et Xavier Dolan, il y a plusieurs d’autres réalisateurs qui ont les habiletés et la vision nécessaires pour se rendre aussi loin que ces grands noms d’ici quelques années. Stephen Dunn et Andrew Cividino ont chacun réalisé l’an dernier un excellent premier long métrage, et j’espère qu’ils pourront tirer profit de leurs succès. Je peux en dire autant de Stella Meghie cette année pour son film Jean of the Joneses. Je mentionnerais aussi Tiffany Hsiung, qui, selon moi, a réalisé l’un des documentaires canadiens les plus poignants de l’année, The Apology.

3. QUELS AUTRES ARTISANS TALENTUEUX DU CINÉMA CANADIEN SURVEILLEZ-VOUS DE PRÈS?

Les Canadiens Howard Shore, Mychael Danna et Lesley Barber se sont taillé une place parmi les meilleurs compositeurs de musique de film au monde. J’aimerais maintenant voir les jeunes brillants qui composent de la musique sur leur ordinateur portable à Brampton, en Ontario, et à Richmond, en Colombie-Britannique, signer plus de trames musicales de films canadiens.

4. QUELS SONT VOS OBJECTIFS POUR LE TIFF DANS LES CINQ À DIX PROCHAINES ANNÉES?

J’espère que nous trouverons d’autres façons de susciter l’intérêt du public. J’aimerais que le TIFF initie les enfants à des enchaînements d’images qui éveillent leur esprit plutôt que de l’engourdir, comme le font tant de médias. Je souhaite que le TIFF maintienne un lien avec les spectateurs à mesure qu’ils vieillissent et évoluent, et ce, tout au long de leur vie. Les médias qui ont recours aux images en mouvement, que ce soit le cinéma, la télévision ou les jeux vidéo, définissent de plus en plus notre compréhension du monde, et ce dernier se complexifie. J’aimerais que le TIFF offre aux gens de Toronto, de partout au pays et du monde entier plus de moyens d’enrichir leurs vies et de créer des liens entre eux grâce aux images en mouvement. Je ne crois pas aux licornes ni aux fées, mais je crois au potentiel infini de l’œil, de l’oreille et du cœur de l’être humain.

5. À VOTRE AVIS, COMMENT L’INDUSTRIE DU CINÉMA CANADIEN DOIT-ELLE CHANGER POUR DEMEURER CONCURRENTIELLE?

Si l’on se fie aux normes internationales, le Canada est un pays extrêmement bien loti : il est riche, multiculturel et doté d’institutions médiatiques développées. Cela dit, je crois que des scénarios plus intenses et audacieux ne nous feraient pas de tort. On voit trop de films qui suivent une recette. Et je suis convaincu qu’on devrait creuser davantage pour trouver des histoires aux enjeux plus importants. La société canadienne connaît pourtant autant de drames humains que n’importe quelle autre : mensonge, trahison, conflit, scandale... ! Alors pourquoi avons-nous tendance à créer des films avec des enjeux mineurs? Après tout, le Canada a été, il n’y pas si longtemps, le théâtre de meurtres, de complots, de tentatives de génocide et d’actes d’héroïsme extraordinaires. Pourquoi ne parle-t-on pas plus de tout ça dans nos films? Désolé, je m’emporte.

6. QUELS TYPES DE PROGRAMMES LE TIFF OFFRE-T-IL POUR APPUYER LES CINÉASTES CANADIENS?

La plus grande aide que le TIFF apporte aux cinéastes canadiens demeure probablement le fait de présenter leurs œuvres au festival et dans les salles de cinéma tout au long de l’année. Grâce à nous, les films canadiens sont vus par le public. J’ose croire que nous donnons aussi un coup de pouce aux cinéastes grâce aux prix que nous décernons aux œuvres canadiennes pendant le festival et à notre palmarès de dix meilleurs films canadiens (Canada’s Top Ten Film Festival). Certains de ces honneurs viennent d’ailleurs avec une bourse.

Sans oublier nos programmes de perfectionnement des talents : Studio, qui s’adresse aux producteurs, aux réalisateurs et aux scénaristes; la résidence Len Blum, qui permet à un cinéaste d’habiter et de travailler dans un studio du TIFF Bell Lightbox; Rising Stars, qui s’adresse aux acteurs; et Talent Lab, un programme pour les cinéastes. Je crois aussi fermement que les cinéastes doivent communiquer entre eux et apprendre de leurs collègues. C’est pourquoi nous avons créé des occasions pour rassembler les gens du métier et favoriser les échanges d’idées et la collaboration professionnelle, comme notre série Breakfast @ TIFF, nos séances TIFF Industry en septembre, ainsi que les festivals Canada’s Top Ten et TIFF Kids.

7. VOUS AVEZ COMMENCÉ VOTRE CARRIÈRE EN TANT QUE CRITIQUE DE CINÉMA. EN VOUS BASANT SUR VOTRE EXPÉRIENCE, QUELLES SONT LES CARACTÉRISTIQUES D’UN BON FILM?

L’intensité et l’élégance. Si un film réussit à allier ces deux éléments à la fois sur le plan formel et émotionnel, c’est presque assuré qu’il me plaira. Cela dit, notre réaction à l’art est toujours personnelle. D’autres n’accordent probablement pas la même importance à l’élégance et à l’intensité que moi, et n’en ont peut-être pas la même définition. Pour ma part, quand c’est un bon film, je le ressens.

8. QUELS CONSEILS DONNERIEZ-VOUS AUX RÉALISATEURS QUI AIMERAIENT SE FAIRE REMARQUER PAR LES RESPONSABLES DE LA PROGRAMMATION DU TIFF?

Regardez encore plus de grands films. Les responsables de la programmation voient un nombre déconcertant de films avec une intrigue, des dialogues et des prises de vue convenus. À tout le moins, regardez chaque année les films qui remportent les prix prestigieux, comme ceux de Cannes, de la Berlinale, de Sundance et du TIFF. Mieux encore, regardez-les avec des amis et des collègues et décortiquez les éléments qui expliquent leur succès. Plus vous en connaissez sur l’état actuel de l’art du cinéma, plus vous serez en mesure d’y contribuer de façon originale.

9. COMMENT POUVONS-NOUS CRÉER PLUS DE DIVERSITÉ DANS LES PRODUCTIONS CINÉMATOGRAPHIQUES, LES FESTIVALS ET LES GALAS DE REMISE DE PRIX?

Pensez à la diversité qui vous entoure au quotidien. Portez attention aux gens que vous croisez dans la rue à Toronto, à Vancouver, à Montréal, à Winnipeg. Voyez-vous aussi souvent leurs histoires à l’écran que leurs visages dans la rue? Et lorsque vous entrez dans votre lieu de travail, voyez-vous autant de diversité qu’à l’extérieur? Qu’en est-il des plateaux de tournage? Si votre lieu de travail ou vos œuvres ne représentent qu’une fraction de la diversité canadienne que vous apercevez dans la rue (plus d’hommes, d’hétérosexuels ou de Blancs, par exemple), demandez-vous pourquoi votre horizon est ainsi rétréci. Plus vous vous poserez ces questions, plus vous changerez. Et plus vous les poserez à haute voix, en public, plus les changements seront rapides.

10. QUELS SONT LES EFFETS DE LA TECHNOLOGIE SUR LA PRODUCTION CINÉMATOGRAPHIQUE ET LES FESTIVALS?

Lorsque je me suis joint à l’équipe de sélection des films canadiens du TIFF, en 1990, nous regardions environ 75 longs métrages par année pour faire notre choix. Aujourd’hui, les responsables de la programmation canadienne, Steve Gravestock et Magali Simard, en visionnent environ 275. Cette augmentation est due à la technologie : des dizaines de milliers de films sont produits chaque année aux quatre coins de la planète, et chacun d’entre nous peut en trouver des milliers d’autres à partir de son cellulaire. À l’heure où l’on est ainsi bombardé de choix, la sélection devient d’autant plus importante. À mon avis, le plus grand changement entraîné par la technologie est le passage d’un tri effectué par les critiques et les festivals (de haut en bas) à une approche plus démocratisée, où les recommandations de notre cercle social sont devenues notre principale influence. Nos proches nous communiquent sans cesse leurs goûts sur Facebook et les autres médias sociaux. C’est là un autre effet de la technologie, qui est en train de modifier la manière dont on choisit ce que l’on veut regarder.

 

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