Did you know that your version of Internet Explorer is out of date?
To get the best possible experience using our website we recommend downloading one of the browsers below.

Internet Explorer 10, Firefox, Chrome, or Safari.

Pleins feux

Pleins feux

DISCUSSION AVEC DES MEMBRES DE LA GUILDE DE PARTOUT AU PAYS SUR LEUR ART 

LA CONCEPTION ARTISTIQUE AU CANADA

À L’OCCASION DE LA JOURNÉE DU CINÉMA CANADIEN, NOUS AVONS DEMANDÉ À DES CONCEPTEURS ARTISTIQUES DE LA GUILDE, CHRIS CRANE (FILTHY CITY, CLARA, BLOOD & WATER) ET ZOSIA MACKENZIE (THE OTHER HALF, RÊVES NOIRS, I PUT A HIT ON YOU), EN QUOI LE CANADA INSPIRAIT LEUR ART.

VOTRE ENVIE DE DEVENIR CONCEPTEUR ARTISTIQUE A-T-ELLE ÉTÉ NOURRIE PAR UN FILM CANADIEN EN PARTICULIER? SI OUI, EN QUOI SA CONCEPTION ARTISTIQUE VOUS A INSPIRÉ?

CC: Je ne crois pas qu’il y en ait un en particulier, mais j’ai grandi à Toronto, et j’ai toujours été fasciné par les films tournés près d’où nous habitions. J’aime beaucoup Minuit (Last Night), un film de Don McKellar, parce qu’il a été tourné en grande partie dans le coin de Weston Road et de Lawrence Avenue, où j’ai grandi. J’ai aimé voir comment on changeait l’affichage et modifiait l’apparence de rues pour faire croire que les scènes se déroulaient ailleurs. Alter Ego (Dead Ringers) de David Cronenberg montrait une bonne partie du centre-ville et du quartier de la rue Bay, où travaillait ma mère quand j’étais jeune. Les films comme ceux-ci présentaient Toronto d’une manière qui m’apparaissait visuellement intéressante, un peu comme les films américains tournés à New York et à Los Angeles. Ça m’a émerveillé de voir que des lieux qui m’étaient familiers pouvaient se métamorphoser à l’écran.

DEAD RINGERS (PD: Carol Spiers, Dir: David Cronenberg)Alter Ego (c.a. : Carol Spier, réal. : David Cronenberg)

ZM: J’admire beaucoup Carol Spier; son travail pour Alter Ego de David Cronenberg m’a particulièrement impressionnée. J’aime l’ameublement moderne de l’appartement des jumeaux Mantle, la stérilité de leur clinique privée, et le fait que l’histoire se déroule à Toronto, là où je vis et où je travaille souvent. La conception artistique de mes films préférés rehausse le récit, au lieu de nous en distraire.

LAST NIGHT (PD: John Dondertman, Dir: Don McKellar)Minuit (c.a. : John Dondertman, réal. : Don McKellar)

 

COMMENT COLLABOREZ-VOUS AVEC LA RÉGIE D’EXTÉRIEURS ET LE RÉALISATEUR POUR REPRÉSENTER LE CANADA DANS VOS FILMS?

CC: Si l’action se déroule réellement au Canada (comme à Toronto, à Vancouver, ou même à Sudbury), j’aime qu’on mette en valeur le paysage urbain, l’architecture, les étendues, le terrain et les richesses naturelles de la région pour enrichir les dimensions esthétique et artistique du projet. Une fois que nous avons commencé à soigneusement mettre en scène les extérieurs, ils ont une influence directe sur les couleurs du film, ainsi que sur l’allure et l’ambiance des lieux, qu’il s’agisse de la résidence des personnages ou du restaurant du coin. Tout ça commence à former un tout.

OPERATION AVALANCHE (PD: Chris Crane)Operation Avalanche (c.a. : Chris Crane)

ZM: Je travaille toujours étroitement avec le réalisateur et la régie d’extérieurs pour créer l’identité visuelle d’un film. Le processus varie selon le lieu et le sujet, mais généralement nous essayons de trouver des emplacements qui concordent avec l’histoire et qui présentent déjà des caractéristiques visuelles fortes que nous pourrons mettre en valeur. Le choix des lieux de tournage est particulièrement important pour les longs métrages indépendants, car leur budget ne permet pas toujours la construction d’un plateau de A à Z.

MEAN DREAMS (PD:Zosia McKenzie)Rêves noirs (c.a. : Zosia McKenzie)

 

QUEL AVANTAGE UN CONCEPTEUR ARTISTIQUE CANADIEN A-T-IL PAR RAPPORT À SES COLLÈGUES D’AILLEURS?

ZM: Nous pouvons compter sur un système solide de soutien économique et sur une infrastructure en pleine croissance, ce qui veut dire qu’un vaste éventail d’excellents projets s’offre à nous en permanence. Il y a aussi un énorme bassin de talents d’un bout à l’autre du pays, qui savent comment donner vie à n’importe quel scénario. C’est grâce à ces éléments qu’on trouve au pays une communauté prospère, et une gamme de possibilités créatives.

CC: Je ne crois pas qu’il y ait des avantages ou des désavantages à exercer notre métier au Canada plutôt que dans un autre pays. Peu importe où on travaille comme concepteur artistique, on rencontre des personnes talentueuses prêtes à collaborer pour réaliser le meilleur projet possible.

 

 

TOP

 

Pleins feux

DISCUSSION AVEC DES MEMBRES DE LA GUILDE DE PARTOUT AU PAYS SUR LEUR ART 

CHARLES OFFICER, RÉALISATEUR, GUILDE DE L’ONTARIO

VOTRE RÉCENT DOCUMENTAIRE THE SKIN WE’RE IN A REÇU BEAUCOUP D’ATTENTION MÉDIATIQUE. COMMENT VOUS EST VENU LE CONCEPT DU FILM? QUELS ONT ÉTÉ LES DÉFIS ET LES MOMENTS FORTS DE L’AVENTURE?

Le projet a pris forme à la suite de la publication dans le Toronto Life de l’histoire The Skin I’m In, écrite par Desmond Cole. Il y faisait un récit personnel et honnête de son expérience du racisme anti-Noirs et du profilage fait par les policiers. Quelques compagnies de production souhaitaient raconter l’histoire de Desmond, l’une d’entre elles étant 90th Parallel, dirigée par Gordon et Stuart Henderson. J’ai travaillé avec Gordon il y a plusieurs années sur un projet sur Chuck Ealey dans le cadre de la série Engraved on a Nation. Le concept de The Skin We’re In a évolué au gré de nombreuses conversations sur le principe de communauté et sur nos expériences collectives en tant que Noirs au Canada. En partant de 1783, nous voulions suivre l’évolution de notre histoire jusqu’aux tendances raciales d’aujourd’hui. Nous avons recueilli des histoires de lutte qui remontent à plusieurs générations, tant à Toronto et en Nouvelle-Écosse qu’à Red Deer et à Ferguson. Ce sont les conversations avec tant de gens qui voulaient partager leurs expériences et simplement être entendus qui ont constitué le moment fort de notre démarche. Nous avons recueilli des heures de matière riche, et le défi était de concentrer tout ça en une présentation télévisuelle d’une heure. Depuis la première, nous avons reçu un accueil positif qui a donné lieu à des échanges constructifs. Il y a également eu des commentaires plus affligeants de la part de Canadiens qui ne croient pas que le racisme est un choix. C’est difficile de parler de son expérience personnelle et de rencontrer de la résistance causée par l’ignorance.

VOUS AVEZ AUSSI UN LONG-MÉTRAGE DOCUMENTAIRE QUI SERA PRÉSENTÉ EN PREMIÈRE À HOT DOCS, LE FESTIVAL CANADIEN DU DOCUMENTAIRE INTERNATIONAL, CE MOIS-CI. POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE SA RÉALISATION ET DE CE QUE VOUS AVEZ APPRIS EN COURS DE ROUTE?

Je suis enthousiaste à l’idée de présenter Unarmed Verses en première mondiale à Hot Docs. C’est un festival de calibre international. Le film a été produit par Lea Marin et c’est Anita Lee, de l’ONF, qui en était productrice déléguée. Je n’aurais pas pu le réaliser sans le soutien et la confiance qu’elles m’ont offerts durant tout le processus, et je leur en suis reconnaissant. Tourné dans un quartier défavorisé isolé de Toronto, Unarmed Verses s’intéresse de façon poétique et cinématographique à Francine Valentine, une fille perspicace de douze ans qui donne une voix aux sans-voix alors que le conseil municipal, les développeurs et les architectes leur promettent un nouveau départ avec leurs plans pour revitaliser le quartier. À travers Francine, nous montrons ce que c’est pour une famille à faible revenu d’être confrontée à un déménagement inévitable. Le film est comme une capsule témoin qui offre une perspective intime sur une communauté. Ce sont des scènes que vous ne verrez pas aux nouvelles.

VOUS ÊTES À LA FOIS ACTEUR ET RÉALISATEUR. QUELS CONSEILS DONNERIEZ-VOUS AUX RÉALISATEURS QUI CHERCHENT À AMÉLIORER LEURS RELATIONS DE TRAVAIL AVEC LES ACTEURS?

Les acteurs ont chacun leur façon de travailler et leur personnalité. Pour moi, c’est ça qui est stimulant. C’est difficile de travailler avec une grosse distribution et de construire une relation saine avec chaque acteur. Les réalisateurs ont leur propre façon de travailler aussi. Je continue d’apprendre d’un projet à l’autre et je me considère comme responsable des performances qu’on voit à l’écran. Je crois qu’il est important en tant que réalisateurs d’évaluer notre façon de communiquer avec les acteurs, que ce soit lors des premières conversations, des lectures collectives, des répétitions (avec de la chance) ou sur le plateau. De temps en temps, j’assiste à des leçons d’interprétation; je vois des acteurs à l’œuvre, ce par quoi ils passent avant d’arriver sur le plateau. C’est une expérience qui m’est utile. Quand on réalise pour la télévision, on voit l’enregistrement de l’audition, on se rencontre durant la lecture collective, mais, une fois sur le plateau, on n’a pas de temps à perdre.

QUELS SONT VOS PROCHAINS PROJETS ET SUR QUOI ESPÉREZ-VOUS TRAVAILLER PLUS SOUVENT À L’AVENIR?

Un projet qui m’enthousiasme beaucoup est 21 Thunder, qui verra le jour sur CBC en juin prochain. C’est une série dramatique de huit épisodes créée par Riley Adams, Kenneth Hirsch et Adrian Wills avec Malcolm MacRury comme auteur-producteur. L’histoire met en scène une équipe de soccer, le Thunder de Montréal U21, tant sur le terrain qu’en dehors. Amour, crime, tensions raciales, sexe et gloire sportive s’entremêlent chez un groupe de joueurs à deux pas de faire le saut chez les professionnels. J’ai eu un plaisir incroyable à réaliser trois épisodes à Montréal avec une équipe formidable. Jim Donovan et Jerry Ciccoritti sont à la barre des autres épisodes. J’ai par-dessus tout hâte de voir l’attention médiatique qu’on portera à la jeune et extraordinaire distribution de la série, car elle le mérite. Actuellement, je travaille à la réécriture d’un long métrage, Akilla’s Escape, et d’une minisérie en quatre épisodes basée sur le roman de Mordecai Richler, Mon père, ce héros. J’ai aussi commencé la production d’un documentaire sur le roman d’Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince.


POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE VOTRE EXPÉRIENCE AVEC LA GUILDE? COMMENT VOUS A-T-ELLE AIDÉ À ATTEINDRE VOS OBJECTIFS?

J’ai adhéré à la Guilde en 2007 quand j’ai décroché ma première demi-heure de la comédie Da Kink In My Hair. J’ai eu la chance de rencontrer Tim Southam, qui était aussi réalisateur pour cette émission. J’ai eu l’occasion de l’observer de près; il a été généreux et m’a soutenu alors que j’en étais à mes tout premiers débuts. La Guilde m’a donné accès à des membres tels que Tim Southam, Sturla Gunnarsson, David Wellington, T.W. Peacocke, Kari Skogland, Gail Harvey et Clement Virgo, qui m’ont tous aidé à grandir et continuent à m’inspirer

~

Charles Officer détient la citoyenneté canadienne et britannique. Il a étudié à l’Université de Cambridge et est diplômé de l’École d’art et de design de l’Ontario. Il a travaillé comme graphiste et directeur artistique à Toronto avant d’aller à la Neighborhood Playhouse School of Theatre à New York. En 2002, Charles a complété le laboratoire de réalisation au Canadian Film Centre avec Short Hymn_Silent War (Festival international du film de Toronto 2002, Sundance 2004), œuvre pour laquelle il a reçu sa première nomination aux prix Génie en 2004. Son premier long-métrage, Mère. Protecteur. Innocence, présenté en première au Festival international du film de Toronto en 2008 puis projeté partout dans le monde, a récolté dix nominations aux prix Génie, notamment pour le meilleur film et le meilleur réalisateur. Charles a fait partie de la liste des dix personnes à surveiller du magazine Playback en 2009 et reçu le Ontario Premier’s Emerging Artist Award la même année. Son documentaire Le grand Jerome a remporté quatre Leo Awards et un prix Emmy régional en 2012. Le cinéaste a également reçu le Don Haig Award of Merit lors du festival Hot Docs de 2012. Charles a ensuite travaillé à la série documentaire Engraved on a Nation, qui a gagné un prix Écrans canadiens en 2014. Il a réalisé des épisodes des séries télévisées Les Recrues de la 15e, Les Passages de l’espoir et Private Eyes, encensées par la critique, et a récemment travaillé sur 21 Thunder, une nouvelle série dramatique de CBC. Unarmed Verses, son dernier long-métrage documentaire, est produit par l’Office national du film du Canada et sera présenté en première à Hot Docs en 2017.

  

Top

Pleins feux

DISCUSSION AVEC DES MEMBRES DE LA GUILDE DE PARTOUT AU PAYS SUR LEUR ART

BRUCE MCDONALD, RÉALISATEUR DE LA GUILDE

VOTRE FILM WEIRDOS A POUR CADRE L’AMÉRIQUE POST-VIETNAM. COMMENT AVEZ-VOUS FAIT POUR ÉVOQUER CETTE PÉRIODE DE FAÇON AUTHENTIQUE?

La musique de l’époque a grandement aidé, tout comme les archives télévisuelles du bicentenaire. Nous avions aussi quatre voitures, dont nous nous sommes servis sans arrêt. Sans oublier notre incroyable concepteur artistique Matt Likely et la costumière Bethana Briffett, qui ont mis le paquet pour nous faire revivre la magie des années 1970.

QU’EST-CE QUI VOUS A ATTIRÉ DANS WEIRDOS ET CONVAINCU D’Y TRAVAILLER?

J’ai élaboré le scénario avec Daniel MacIvor. Il avait su me vendre le projet en trois phrases précises et drôles alors je l’ai aidé pour l’écriture. J’aimais le fait que ça se passe en Nouvelle-Écosse, les escapades estivales sur des routes ensoleillées et l’histoire bien ficelée.

COMMENT AVEZ-VOUS CHOISI LES DEUX ADOLESCENTS QUI JOUENT LES RÔLES PRINCIPAUX?

Nous avons vu beaucoup de monde. Dylan Authors a obtenu le premier rôle masculin; j’avais déjà travaillé avec lui sur un film intitulé The Husband. Julia Sarah Stone, qui joue le premier rôle féminin, a été la première à participer au projet. Elle m’a été présentée par l’agent Murray Gibson, qui représentait Molly Parker.

AVEZ-VOUS ÉTÉ INFLUENCÉ PAR CERTAINS FILMS D’ERRANCE? QUELLES CONVENTIONS DU GENRE AVEZ-VOUS INTÉGRÉES AU FILM?

J’imagine que j’ai été influencé tout récemment par Nebraska, un road movie contemporain tourné en noir et blanc par Alexander Payne. J’ai adoré l’allure, le rythme et la distribution de ce film. Ça m’a beaucoup influencé.

VOUS AVEZ EU DU SUCCÈS COMME RÉALISATEUR TANT À LA TÉLÉ QUE DANS LE MILIEU DU CINÉMA INDÉPENDANT. QUELS CONSEILS DONNERIEZ-VOUS AUX RÉALISATEURS QUI AIMERAIENT TRAVAILLER POUR LA TÉLÉVISION TOUT EN SE CONSACRANT À DES PROJETS QUI LEUR TIENNENT À CŒUR?

Mettez à profit les moyens de la production télévisuelle pour créer des histoires formidables que vous n’aurez pas nécessairement à écrire. Si vous avez la chance de travailler à la fois à la télévision et au cinéma, vous profiterez de deux mondes fantastiques qui se nourrissent l’un l’autre. Les acteurs et les équipes techniques qui travaillent sur les séries télévisées sont souvent d’une grande aide pour la création d’un projet indépendant, tandis que l’ingéniosité et l’économie de moyens que requièrent les projets indépendants peuvent être très utiles quand on travaille sur des séries.

QUELLE A ÉTÉ VOTRE EXPÉRIENCE AVEC LA GUILDE ET COMMENT VOUS A-T-ELLE AIDÉ DANS VOTRE DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL?

J’ai eu la chance de devenir membre quand j’ai commencé à travailler à la télévision. Faire partie de la Guilde m’a permis de connaître une foule de gens terriblement créatifs, des passionnés, qui continuent de m’inciter à tenter d’atteindre les plus hauts sommets.

 *

Bruce McDonald est un réalisateur canadien connu pour son style irrévérencieux et éclectique et son amour pour la musique et la culture populaire. Après s’être fait connaître avec son premier long métrage Road Kill, il a réalisé de nombreux autres films encensés par la critique, notamment Hard Core Logo : La dernière chance, The Tracey Fragments et Pontypool. Il vit actuellement à Toronto avec sa femme et sa fille, est amateur de mets italiens et adore l’excellent album Bitches Brew.

Ses longs métrages :

Weirdos 2017
Hellions 2015
The Husband 2013
Hard Core Logo II 2010
Trigger 2010
This Movie is Broken 2010
Pontypool 2008
The Tracey Fragments 2007
Claire?s Hat 2002
Picture Claire 2001
Hard Core Logo 1996
Dance Me Outside 1994
Highway 61 1991
Roadkill 1989

TOP

Pleins feux

DISCUSSION AVEC DES MEMBRES DE LA GUILDE DE PARTOUT AU PAYS SUR LEUR ART 

MATT HANNAM, MONTEUR DE LA GUILDE

COMMENT VOUS Y PRENEZ-VOUS POUR FAIRE UN MONTAGE? AVEZ-VOUS UN STYLE BIEN À VOUS? SI OUI, COMMENT L’AVEZ-VOUS DÉVELOPPÉ?

Je trouve étrange l’idée qu’un monteur puisse avoir son propre style. Bien sûr, j’adhère à certains principes, j’ai mes goûts, mes préférences, et tout ça influence mes choix. Mais au final, le style du montage devrait être déterminé par celui du film. Il devrait aussi refléter ses personnages. Il est difficile de représenter l’ennui sans laisser la scène se prolonger, par exemple. Et si un personnage est contrarié ou confus, on veut que le spectateur éprouve la même chose. Voilà, règle générale, mon point de départ. De quoi est-il question? Que ressentent les personnages? Que devrait ressentir le spectateur? Bien souvent, les réponses à ces questions m’amènent à choisir telle prise ou tel plan, et la scène prend forme. S’il est question d’un appel, montrons d’abord le téléphone. S’il est question d’un groupe de personnes à la dynamique particulière, commençons par un plan large et montrons leurs interactions. Je crois que dans la majorité des cas, c’est au monteur de trouver la meilleure façon d’utiliser le langage cinématographique pour raconter l’histoire et véhiculer les émotions. La majeure partie de notre travail dans la salle de montage va en ce sens, qu’il s’agisse de réorganiser le récit de façon non linéaire ou d’éliminer des intrigues et des personnages qui n’apportent rien à l’histoire qu’on veut raconter. Plus je gagne en expérience, plus je m’approche d’un idéal de simplicité. Il ne sert à rien de faire dans le style si l’histoire ne se tient pas. C’est pourquoi je commence toujours par le scénario et tout ce qui entoure le récit. Et à mesure que je lui donne forme à l’écran, j’ajoute les touches qui contribuent à y donner vie et à véhiculer les émotions. Il faut constamment se mettre dans la peau du spectateur. Car s’il y a une chose à garder en tête, c’est que le public ne connaît pas l’intention du film. Les créateurs du film savent que la fillette est en colère parce que son amie a volé son stylo préféré, mais est-ce clairement rendu? Et si on prend le film dans son ensemble, le public comprend-il qu’il traite de Dieu, de racisme ou d’identité sexuelle? Je veille toujours à annoncer nos couleurs dès le départ; en général, une fois que nous avons trouvé comment y arriver, nous n’avons plus qu’à nous laisser guider par le film.

POURRIEZ-VOUS NOUS PARLER UN PEU DE VOS PROJETS EN COURS ET DE CEUX SUR LESQUELS VOUS AIMERIEZ TRAVAILLER ENSUITE?

J’ai récemment terminé, avec mon ami Antonio Campos, le pilote d’une série intitulée The Sinner, et le réseau vient de confirmer que le projet ira de l’avant. C’est un mélange de mystère, d’intrigue policière et de drame psychologique mettant en vedette Jessica Biel et Bill Pullman. Quant à l’avenir, je ne sais pas ce qu’il me réserve. Il y a quelques projets de films que j’espère voir se concrétiser au printemps, mais pour l’instant, je suis heureux de prendre une petite pause.

VOUS AVEZ TRAVAILLÉ SUR PLUSIEURS PROJETS ENCENSÉS, DE SWISS ARMY MAN À JAMES WHITE EN PASSANT PAR ENNEMI ET SENSITIVE SKIN. QUEL EST VOTRE PROJET PRÉFÉRÉ À CE JOUR, ET POURQUOI?

Il est difficile de répondre à cette question. J’ai eu beaucoup de chance au cours de ma carrière, et je me considère privilégié d’avoir travaillé sur chaque projet auquel j'ai contribué. Dès le départ, j’ai reçu un appui immense de mentors extraordinaires comme Bruce McDonald, Don McKellar et Niv Fichman. Ç’a été ça, ma véritable école de cinéma, et je ne saurais exprimer à quel point travailler avec ces gars-là a été une riche et merveilleuse expérience. Enemy a été un projet spécial, car nous avions énormément de marge de manœuvre pour expérimenter et en arriver au résultat qu’on connaît. C’est un film dont je suis très, très fier. L’équipe a tout mis en œuvre pour que Denis puisse explorer à sa guise. Je crois que le résultat en est la preuve, et je suis fier d’avoir pu y apporter ma contribution. Pour ce qui est de James White, le défi fut énorme, mais ô combien gratifiant! J’ai habité avec le réalisateur, et faire un film inspiré de sa vie s’est avéré très intense sur le plan émotionnel. Travailler avec les gars de Borderline Films a par ailleurs été une expérience très valorisante. J’admire ce qu’ils font, et je chéris grandement notre relation. Cette boîte incarne de façon pure et authentique le cinéma indépendant américain. Plus récemment, j’ai été très stimulé par Swiss Army Man, qui a été pour moi un rappel salutaire de ce qu’il est possible d’accomplir dans la salle de montage. Après un certain temps, il est très facile de tomber dans une routine et de réutiliser nos bonnes vieilles méthodes. Collaborer avec deux gars ayant inventé leur propre style de réalisation, qui fait une grande place à la postproduction, a réellement revitalisé ma méthode de travail et m’a fait redécouvrir jusqu’où on peut aller en si peu de temps. Je suis très reconnaissant d’avoir pu mettre le pied dans leur univers.

EN QUOI LA GUILDE VOUS A-T-ELLE AIDÉ À VOUS PERFECTIONNER SUR LE PLAN PROFESSIONNEL ET À ATTEINDRE VOS OBJECTIFS EN TANT QUE MONTEUR?

Quand je me suis joint à la Guilde, j’étais tellement concentré sur mon travail que je n’ai pas pris le temps de réfléchir à ce qu’elle apporterait à ma carrière. Au fil des ans, j’ai eu le privilège de côtoyer des monteurs qui sont membres depuis bien plus longtemps que moi. Et je crois qu’au bout du compte, c’est ça, la Guilde : un groupe qui se soutient et qui s’assure que l’industrie demeure viable et juste. Peu importe mon degré de participation, je suis persuadé que mon investissement dans ce groupe profite à tous les membres, et qu’ensemble, nous allons de l’avant. Être membre de la Guilde me permet d’être considéré au même titre que les monteurs que j’admire, et quand j’ai la chance de travailler avec eux, je trouve toujours que j’en ressors grandi. Et surtout, j’essaye de garder en tête qu’il ne s’agit pas d’un passe-temps : c’est notre gagne-pain, et la Guilde veille à ce que ça demeure ainsi.

AU FIL DES FILMS ET DES ÉMISSIONS, AVEZ-VOUS APPRIS QUELQUE CHOSE DONT VOUS AIMERIEZ FAIRE PART AUX AUTRES MONTEURS?

Je crois que la principale leçon que j’ai apprise, c’est qu’on peut toujours arranger les choses (et c’est à ce moment que le résultat devient intéressant). Parfois, c’est très difficile : ça ne va pas comme on voudrait, on n’a pas les plans qu’il nous faudrait, le matériel n’est pas assez bon. Dans tous les cas, le montage d’un projet présente d’innombrables défis. Et ce que je tente toujours de garder en tête, c’est qu’il y a généralement un outil auquel on n’a pas pensé. Bref, il faut persévérer jusqu’à ce qu’on soit satisfait de chaque image. C’est d’autant plus difficile quand on voit le temps filer et l’échéance arriver à grands pas, mais j’essaye de faire de cette contrainte une source de motivation. Il n’est jamais trop tard pour faire le gros jeu, et il est habituellement même plus facile de le faire en fin de match. Tôt dans ma carrière, j’ai vu sur un plateau une équipe vraiment fâchée parce que le réalisateur lui avait imposé du travail supplémentaire même si tout le monde était fatigué. Quand j’ai demandé à ce dernier comment il se sentait à l’idée d’être le méchant, il m’a répondu : « C’est la dernière fois que je suis ici, alors je veux m’assurer d’avoir tout donné. » Je n’oublierai jamais sa réponse. On n’obtient pas de seconde chance : il est donc important de tout mettre en œuvre pour arriver au résultat souhaité.

QUEL CONSEIL DONNERIEZ-VOUS AUX MONTEURS QUI CHERCHENT DES PROJETS INTÉRESSANTS DANS NOTRE MILIEU TRÈS CONCURRENTIEL?

Ayez confiance en vos collègues, et continuez de travailler avec eux. Par expérience, on ne sait jamais d’où le projet de nos rêves va venir. C’est impossible à deviner, alors il ne sert à rien d’essayer de prévoir tous ses coups. Continuez de travailler avec ceux en qui vous avez confiance, et un jour, vous allez collaborer sur des projets qui vous intéressent. Mon premier contrat pour un film, je l’ai décroché parce que j’avais monté une vidéo sur les coulisses du précédent film du réalisateur. Tous ceux que je connais qui travaillent sur des projets qu’ils affectionnent ont fait preuve de confiance envers leurs collègues et ont cultivé leurs relations. La loyauté mène loin, dans notre milieu, et si vous êtes là pour ceux en qui vous croyez, vos relations seront d’autant plus fortes.

******************************************************

Matthew Hannam est un monteur canadien qui partage son temps entre Toronto et Los Angeles. Au fil de ses 12 ans dans l’industrie du cinéma et de la télévision, il a eu le plaisir de collaborer avec des réalisateurs très talentueux, notamment Guy Maddin (avec qui il a travaillé à Winnipeg, sa ville natale), Denis Villeneuve, Brandon Cronenberg et les Daniels. Les derniers films auxquels il a collaboré ont d’ailleurs été extrêmement bien reçus. Plus récemment, il a monté Swiss Army Man, qui a remporté le prix du meilleur réalisateur au Festival du film de Sundance 2016, et la série The OA (diffusée sur Netflix), qui a fait l’objet de discussions passionnées en ligne.

 

Top

Pleins feux

TRACEY DEER: RÉALISATRICE 

Pouvez-vous nous décrire l’évolution de la série Mohawk Girls au fil des saisons? Quelle orientation lui avez-vous donnée, sur quoi vous êtes-vous penchée?

J’ai trouvé formidable de faire partie des auteurs-producteurs de Mohawk Girls et d’en réaliser tous les épisodes : ce genre d’expérience ne court pas les rues. Le résultat est une série qui correspond tout à fait à notre vision et qui offre une représentation authentique d’une communauté dynamique et complexe. J’en suis très fière. Dès le début, nous voulions créer un produit léché, d’une grande valeur de production, qui ne pourrait être relégué parmi les émissions de niche ou à petit budget. Je crois que nous avons relevé le défi, et chaque saison, nous tâchons d’élever la barre d’un cran. La série est humoristique, mais elle a aussi beaucoup de moments dramatiques et beaucoup de cœur. D’une année à l’autre, nous avons lentement creusé les personnages et la communauté pour révéler la réalité des Autochtones dans notre pays; en comprenant le contexte des enjeux, on devient bien plus facilement empathique et solidaire. L’humour s’est avéré un excellent outil pour s’attaquer à des questions difficiles, comme les préjugés, le racisme, l’avortement, l’intimidation, le degré de sang, la sexualité, la dépendance et les relations dysfonctionnelles. Nous cherchons bien sûr à divertir notre public, mais aussi à susciter l’autoréflexion, le débat et le changement. Je sais que c’est ambitieux, mais c’est en me lançant de gros défis que j’arrive à me dépasser!

Comment la Guilde vous a-t-elle aidé dans votre carrière?

La Guilde m’a été d’une grande aide au fil des ans. D’abord et avant tout, c’est très rassurant de savoir que je peux compter sur elle pour défendre mes droits dans l’industrie. Ça m’enlève un gros poids. C’est aussi merveilleux de faire partie d’un cercle de réalisateurs. Nous ne travaillons pas ensemble, mais la Guilde nous donne l’occasion de nous rencontrer et d’apprendre les uns des autres en organisant des projections, des tables rondes et des ateliers. Ces événements sont toujours une source d’inspiration pour moi.

Y a-t-il quelqu’un dans l’industrie qui vous a beaucoup appris, ou qui a été votre mentor?

Au début de ma carrière, je sautais sur toutes les occasions de rencontrer d’autres réalisateurs, de les observer et d’apprendre de leur travail. J’ai eu le privilège d’avoir comme mentors Norma Bailey, Tim Southam et E. Jane Thompson. Ils ont tous été très généreux de leur temps et de leur énergie : j’avais mille et une questions à leur poser! Je suis aussi reconnaissante au producteur Adam Symansky, de l’ONF, qui m’a aidée à trouver ma voix de créatrice. Son soutien inconditionnel m’a vraiment donné la confiance dont j’avais besoin pour réussir dans le domaine. Du côté créatif, il y a la productrice Catherine Bainbridge, de Rezolution Pictures, qui a soutenu mon travail dès les premiers jours, ainsi que ma partenaire de création Cynthia Knight, qui est elle aussi auteure-productrice de Mohawk Girls. J’admire énormément ces deux femmes, qui m’inspirent constamment par leur passion, leur génie du récit et leur grande intelligence.

Comment êtes-vous passée du documentaire à la création d’une télésérie sur les femmes mohawks? Aviez-vous l’intention de faire cette transition ou avez-vous simplement saisi l’occasion au vol?

Après dix ans à créer des documentaires, je me suis en quelque sorte heurtée au syndrome de la page blanche du documentariste. Mon dernier film, Club Native, m’avait demandé trois ans d’amour et d’angoisse extrême : il portait sur la question très controversée du degré de sang et de l’appartenance à ma communauté de Kahnawake. Je me faisais du souci pour les sujets du film 24 heures sur 24. Une fois ce projet terminé, je n’arrivais pas à trouver un autre enjeu auquel je voulais me consacrer avec la même passion. Après des mois de panne d’inspiration, j’ai décidé d’essayer la fiction, question de voir si j’arriverais à transposer mon talent dans cette branche. Depuis plusieurs années, je prenais des notes sur les bons et les mauvais côtés des catastrophes romantiques que je vivais – et que vivaient ma sœur, mes cousines et mes amies – et qui me semblaient à la fois hilarantes et assez rocambolesques pour avoir leur place à la télévision. C’est à partir de ces notes que j’ai écrit, réalisé et produit un court métrage de fiction intitulé Escape Hatch, que nous avons ensuite utilisé pour vendre le concept de Mohawk Girls au Réseau de télévision des peuples autochtones… Et on connaît la suite.

Selon vous, quelles sont les plus grosses différences entre la réalisation de documentaires et d’émissions télévisées? Quel format préférez-vous? Quels sont les pour et les contre?

J’adore les deux formats, car ils sont tout aussi exigeants et peuvent produire des résultats incroyablement puissants. Je crois que tous les réalisateurs sont des maniaques du contrôle dans l’âme, ce qui nous sert bien en télé et en cinéma de fiction, où nous avons notre mot à dire sur le moindre détail. Mais en documentaire, au contraire, nous avons très peu de prise – souvent aucune –; nous devons nous fier à notre instinct. Je trouve ces deux façons de faire énergisantes. Cependant, aussi chaotique que puisse devenir un plateau de télévision – par exemple en raison des équipes gigantesques, d’une tempête de grêle imprévue, d’un acteur qui ne connaît pas ses répliques ou d’une caméra brisée –, mon degré de stress n’y est jamais aussi élevé que pendant un tournage documentaire. En fiction, tout est factice. On peut reprendre une scène une, deux ou trois fois (d’accord, parfois plus que ça!). Sur le plateau, chacun est expert dans son domaine, et tous forment ensemble une machine de création bien huilée. Mais en documentaire, c’est la vraie vie. Il n’y a bien souvent pas de deuxième prise : ou on capte le moment, ou on le rate. Mais par-dessus tout – et c’est la plus grosse différence –, les personnes courageuses qui mettent leur cœur à nu devant notre caméra ne sont pas payées. Elles nous confient leurs sentiments les plus intimes, leurs défauts et leurs peurs parce qu’elles croient en l’histoire que nous voulons raconter. C’est une lourde responsabilité que les documentaristes doivent porter.

Quels sont vos prochains projets?

Nous nous apprêtons à entamer l’écriture de la saison 5 de Mohawk Girls, qui va nous occuper une bonne partie de l’hiver. Je suis aussi en train de coécrire mon premier long métrage de fiction avec Meredith Vuchnich. Intitulé Beans et produit par EMAfilms, il racontera le parcours initiatique d’une Mohawk de 12 ans pendant la crise d’Oka en 1990. On m’a aussi demandée à la barre de deux autres longs métrages qui m’intéressent beaucoup; les pourparlers sont en cours. Et avec ma partenaire de création Cynthia Knight, j’en suis à jeter les bases d’une nouvelle télésérie. J’ai donc beaucoup de beaux projets en branle.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes cinéastes qui tentent de raconter des histoires marginalisées ou sous-représentées?

Selon moi, il est important de s’associer à des producteurs qui sont tout aussi passionnés par le projet que vous. Il y a beaucoup d’étapes à franchir pour porter une émission à l’écran, et beaucoup de portes qui se ferment en chemin. Si votre producteur n’est pas aussi déterminé que vous, il pourrait abandonner après une ou deux de ces portes. Dans le cas de Mohawk Girls, la boîte de production Rezolution Pictures a véritablement mené le projet de l’avant.

Mon deuxième conseil est d’être aussi authentique que possible. Racontez l’histoire que vous avez envie de raconter : ne la modifiez pas pour plaire au « grand public ».

Mon troisième conseil est de trouver des experts avec qui collaborer. Un bon chef scénariste saura rehausser votre projet. Écoutez-le et apprenez de lui. C’est primordial que le courant passe avec cette personne, alors ne la choisissez pas seulement pour son CV impressionnant. Puisque la création est un travail personnel, entourez-vous de gens que vous aimez et que vous respectez. Ils sont là pour vous aider. Relâchez la bride (c’est difficile, je sais) et vous en récolterez les fruits. C’est ce que j’ai fait pour Mohawk Girls, et la série a pu voir le jour – et devenir ce qu’elle est – pour toutes ces raisons.

**************************************************************

Tracey Deer, cinéaste mohawk primée, cumule les titres de productrice, de scénariste et de réalisatrice de multiples œuvres documentaires et de fiction. Faisant ses premières armes dans le domaine du documentaire, Tracey a fait équipe avec Rezolution Pictures pour les longs métrages One More River: The Deal That Split the Cree, Mohawk Girls et Club Native, et pour les deux premières saisons de la télésérie Working it Out Together. Cette collaboration s’est aussi poursuivie en fiction télévisée avec la série Mohawk Girls, dans laquelle Tracey occupe le rôle de co-créatrice, de réalisatrice et de coproductrice déléguée. Sa propre boîte de production, Mohawk Princess Pictures, a produit le long métrage documentaire Sex Spirit Strength et la série documentaire jeunesse Dream Big, tous deux pour la saison automnale 2015 d’APTN. Son travail lui a valu deux prix Gemini ainsi que les éloges des jurys de plusieurs festivals de film, dont Hot Docs et DOXA. Tracey a par ailleurs collaboré avec la CBC, l’ONF et de nombreuses sociétés de production indépendantes du Canada, en documentaire comme en fiction. En 2016, elle était finaliste au prix Écrans canadiens de la meilleure réalisation d’une série humoristique pour Mohawk Girls, et a été récompensée lors de l’Hommage Diamant Birks au TIFF. À l’heure actuelle, Tracey prépare la saison 5 de Mohawk Girls pour APTN tout en écrivant son premier long métrage de fiction, une production d’EMAfilms relatant l’épanouissement d’une jeune Mohawk pendant la crise d’Oka.

~

Top

Pleins feux

EN VENDETTE: RÉALISATEUR, CHARLES WILKINSON, CONSEIL DE LA COLOMBIE BRITANIQUE DE LA GUILDE

Pourriez-vous nous parler des moments forts et des défis qu’a comportés le tournage de votre documentaire gagnant d’un Prix de la Guilde, Haida Gwaii: On the Edge of the World?

Je pourrais vous en parler toute la journée. Les moments forts, je me les remémore facilement. Le simple fait de pouvoir passer du temps sur Haida Gwaii pour documenter l’état des lieux entraîne son lot d’expériences mémorables. Quand je tournais en Europe, j’entendais encore l’écho des victoires et des tragédies humaines qui s’y étaient jouées, surtout au 20e siècle. Haida Gwaii, c’est une autre histoire : la même civilisation y est présente depuis 14 000 ans. Rappelons-nous que les pyramides ont été construites il y a moins de 5 000 ans. Sur l’archipel, on ressent tout ce vécu. De là découle aussi le principal défi. Je voulais que ma contribution soit fidèle au lieu et aux personnes qui l’habitent, mais qu’elle soit en même temps pertinente, voire utile, aux gens qui n’y ont jamais mis les pieds. Quand vous avez décidé de réaliser ce documentaire, quelle était votre volonté ou votre intention? Je voulais d’abord créer un film constructif et porteur d’espoir sur l’environnement, pour les gens qui ne se considèrent pas comme des environnementalistes. J’ai vu et je vois encore sur Haida Gwaii des motifs d’espérer que tout n’est pas perdu. J’avais aussi vraiment envie de raconter une histoire portant beaucoup (mais pas entièrement) sur la culture et l’histoire des Premières nations – sans m’approprier leurs voix, en adoptant résolument le point de vue d’un observateur. Si je m’intéresse à la culture haïda, c’est parce que je crois que les hommes d’affaires blancs qui sont initialement venus exploiter leurs ressources étaient tellement pressés de s’emparer de tout ce qui garnirait leur portefeuille, puis de mettre les voiles, qu’ils sont passés à côté de la ressource la plus précieuse : la vision du monde qu’ont les Haïdas. Les habitants de l’archipel qui ne font pas partie des Premières nations l’ont en majorité compris. Voilà l’histoire que je voulais raconter. Ironiquement, après le tournage du film, j’ai eu l’insigne honneur d’être adopté au sein de la nation haïda. Je commence donc à avoir moi aussi cette vision du monde.

Le film s’inscrit dans une série de trois documentaires ayant un aspect environnemental, les deux autres étant Peace Out et Oil Sands Karaoke. Qu’est-ce qui vous a incité à réaliser cette série?Quand en avez-vous eu l’idée?

Quand j’étais enfant, j’entendais souvent mon père et ses frères, assis au bord d’un feu de camp, râler contre les conséquences inattendues de l’électrification du pays. J’ai donc été élevé dans l’idée qu’en actionnant l’interrupteur je prenais part à un processus qui avait un côté très sombre. Voilà la réponse longue. La réponse courte : un été, je me suis rendu compte que je n’avais rien de prévu, que je pouvais emprunter de l’équipement, que mon fils voulait faire du camping avec moi et que mon auto était en état de marche. Nous avons donc pris la route! Peace Out était né. Le projet d’Oil Sands Karaoke en a naturellement découlé. Il nous a laissés tellement déprimés que nous avons voulu trouver une lueur d’espoir : Haida Gwaii.

Quels conseils donneriez-vous aux documentaristes pour les aider à concrétiser leurs inspirations ou leurs idées, surtout quand ils ne savent pas comment lancer leur projet?

Je ne me sens pas vraiment à l’aise de donner des conseils. Chaque jour, j’apprends des choses et je me mets le doigt dans l’œil. Le plus souvent, quand j’ai fait fausse route, c’est en oubliant que ce qui compte, ce sont l’histoire, les gens et les élans de mon cœur. J’ai passé des années à concevoir et à réaliser des longs métrages dramatiques. Je fondais souvent ma démarche sur la question : « Que veut le marché? » J’ai mis beaucoup trop de temps à comprendre qu’une histoire reposant là-dessus ne vaut souvent pas grand-chose. Maintenant, je me demande ce qui me tient à cœur, ce qui me transporte, ce qui me fâche. Si je pouvais m’asseoir dans un coin tranquille pour raconter une histoire à des gens que j’aime, de quoi parlerait-elle?

Un bon conseil que je pourrais donner, ce serait d’essayer autant que possible d’être réaliste quant à ses chances, ses progrès et ses objectifs. On dirait que tout le monde veut être réalisateur. Dans les faits, j’ai compris que bien peu de gens avaient le tempérament qu’il faut, le gène qui permet d’être heureux et épanoui dans ce travail. Combien de gens j’ai vus se démener année après année, réaliser un travail correct en espérant toujours percer, quand ils auraient pu consacrer leur vie, leur intelligence et leur cœur à un travail dans lequel ils auraient excellé. J’ai passé des années à réaliser des productions dramatiques populaires, pensant qu’elles me mèneraient à un film dans un grand studio. Après une grande remise en question, j’ai compris que je n’étais pas fait pour ce travail. Je n’en aurais même pas envie; les films de superhéros à gros budget tournés loin de chez moi et de ma famille, ce n’est pas dans mes cordes. Je suis plutôt taillé pour réaliser de petits documentaires sur des faits réels avec un groupe restreint de personnes que j’aime.

J’adore ce travail. Ne pas payer pour tourner dans un lieu donné, monter la bande-son, composer la musique, mixer – toutes les tâches plus ou moins invisibles. Ce que je n’aime pas, c’est la partie visible. Les gens qui s’exclament : « Oh mon Dieu, c’est le réalisateur »; les flatteries; la chasse aux vedettes; la volonté de toujours vouloir faire mieux que l’autre; les personnes qui regardent par-dessus l’épaule de leur interlocuteur au TIFF pour voir si Marty Scorsese est arrivé; devoir côtoyer des gens qui appellent des célébrités qu’ils ne connaissent pas « Bobby », « Marty » ou « Leo »; la certitude que notre propre valeur est fonction du succès au box-office de notre dernier film; bref, toutes ces conneries.

Par ailleurs, sur le plan formel, j’essaie d’éviter de jeter de la poudre aux yeux, par exemple avec une enfilade d’accélérés, de plans tournés par drone, de raccords syncopés, de mouvements de caméra non justifiés et de plans inclinés à 90 degrés. Anciennement, les procédés tape-à-l’œil, c’étaient les arrêts sur image, les zooms et les panoramiques rapides. Les cinéastes que j’aimais n’auraient jamais utilisé ces techniques. Avec le temps, j’ai appris à raconter une histoire de façon plutôt mesurée; certaines personnes la qualifieraient de lente, mais elle fait assez d’adeptes pour que j’aie eu la chance de continuer dans cette voie. Je ne me sens pas à l’aise de morceler les interventions au montage, de présenter l’expert devant sa bibliothèque qui fait une déclaration, puis de couper pour passer à autre chose. Si quelqu’un me traitait de la sorte pendant une conversation – me laissait dire une phrase puis me coupait – je serais offensé. Pourquoi est-ce acceptable dans un film? Je laisse nos sujets s’exprimer avec des paragraphes. Voilà pour moi une vraie conversation, et c’est ce que je veux que nos films soient : une conversation.

En passant, quand je parle au « nous », je veux dire ma conjointe Tina Schliessler et moi. Elle coproduit tous mes films, les coréalise, les comonte, et cosouffre. C’est un partenariat extraordinaire.

En quoi la Guilde vous a-t-elle aidé à atteindre vos buts comme documentariste?

Je suis membre de la Guilde depuis les années 1980. Les membres du Conseil de la Colombie-Britannique et du Bureau national ont été mes mentors, mes modèles, mes collègues, et maintenant, mes amis. Crawford Hawkins a brassé la cage des producteurs de séries américaines à Vancouver pour qu’ils emploient des réalisateurs canadiens. C’est grâce à la Guilde qu’une génération entière a pu gagner sa vie en réalisant des productions dramatiques. Pendant des années, j’ai siégé au conseil local et national; oui, nous avons fait avancer d’importants dossiers, mais quel plaisir c’était de travailler avec mes amis d’un bout à l’autre du pays, et d’apprendre à connaître leur région. Je dirais que la Guilde a davantage contribué à me faire voir ce que le Canada signifiait pour moi que toute autre organisation.

Pouvez-vous nous parler de votre utilisation de drones pour certains plans du film?

Pour moi, un drone, c’est une grue. Voilà tout. Un drone élève la caméra pour donner une vue d’ensemble, il la déplace sans heurts au-dessus d’un terrain inégal, y compris l’eau. Généralement, les drones sont utilisés d’une façon qui ne me plaît pas beaucoup. Au départ, comme la plupart des cinéastes, j’en ai abusé, et pour les mauvaises raisons : parce que c’était amusant et à la mode. Je me suis rendu compte que la plupart de ces plans n’étaient bons à rien, parce qu’ils attiraient beaucoup trop l’attention sur eux-mêmes. Maintenant, quand une personne dans une séance de questions me parle des plans par drone dans Haida Gwaii, la plupart des spectateurs n’ont même pas remarqué qu’il y en avait.

Comment avez-vous appris à connaître vos sujets, et à les amener à s’ouvrir pour le documentaire? Quelles recherches préliminaires avez-vous faites?

Comme j’ai des décennies d’expérience avec les productions dramatiques et que j’ai toujours aimé travailler avec des acteurs, je choisis très soigneusement les intervenants des documentaires. Nous sommes attirés par les personnes qui connaissent bien le sujet, certes. Mais nous tenons aussi compte de leur apparence et de leur capacité à s’exprimer, tout en visant l’équilibre entre les sexes et les races. Surtout, nous cherchons des personnes intéressantes qui disent des choses surprenantes de telle façon qu’on aurait envie d’en discuter avec eux en buvant un verre de vin. Mes recherches débutent habituellement à la bibliothèque de la ville. Je commence souvent par la genèse, puis j’avance dans le temps. Je crois vraiment que j’ai besoin de comprendre le contexte. La recherche ne s’arrête jamais. Que ce soit pendant la préproduction, la production ou la postproduction, je reste à l’affût des détails pertinents qui pourraient se présenter. J’avais aussi l’habitude de m’informer des nouvelles chaque jour sur cinq ou six sites Web majeurs; c’était avant les dernières élections américaines et le sacrifice, par notre nouveau premier ministre, de la qualité à long terme de l’environnement au profit des intérêts économiques à court terme des entreprises; avec les grands projets énergétiques en Colombie-Britannique – les pipelines, LNG et le barrage du Site C. Je ne peux plus supporter d’en entendre parler. C’est toxique.

À quoi ressemblait une journée typique de tournage? Était-elle structurée ou improvisée?

Le tournage a-t-il duré plus ou moins longtemps que prévu? Le tournage était à la fois structuré et spontané. L’équipe de tournage, c’est Tina et moi. Point. Nous pouvions donc être aussi flexibles que nous le voulions. En plus, avec une petite équipe, les coûts sont moindres, ce qui nous a permis de beaucoup étirer le calendrier de tournage. Nous avions établi un squelette assez clair de l’histoire. Ensuite, comme pour une production dramatique, chaque jour, nous trouvions une pièce du casse-tête. Et quand on travaille en petite équipe, si quelque chose d’intéressant se produit, on y va et on filme. En tout, le tournage a duré environ trois mois. Il nous a fallu deux ans pour produire le film; c’est beaucoup pour nous. Oil Sands nous avait pris exactement 12 mois. Nous devrions réaliser notre projet actuel dans les mêmes délais.

Comment avez-vous établi le budget de ce film? Comment avez-vous obtenu du financement?

La clé de notre modèle d’affaires (c’est bizarre d’utiliser des mots aussi sérieux) : nos budgets sont assez modestes pour qu’un seul diffuseur puisse financer le projet. Dans ce cas-ci, il s’agissait du merveilleux Knowledge Network, le diffuseur public le plus remarquable du continent, selon moi. C’est un plaisir de travailler avec Rudy B et Murray Battle. Murray est un excellent producteur au contenu. Il a une réelle influence sur la façon dont les histoires se déroulent. Nous avons aussi travaillé avec un bon ami, le talentueux cinéaste Kevin Eastwood, qui a été producteur délégué de nos trois derniers films.

Quel est votre prochain projet?

Nous sommes à l’étape du bout-à-bout d’un long-métrage documentaire sur la bulle immobilière. Nous abordons le sujet sous l’angle de la crise à Vancouver, mais c’est la même rengaine dans bien des grands centres du monde. C’est aussi un sujet sur lequel presque tout le monde a une opinion, pointant du doigt dans toutes les directions. En faisant la lumière sur la vraie histoire, nous allons de surprise en surprise. Je vous le dis, derrière les apparences, bon nombre de nos villes cachent des secrets inavouables. Mais en grande partie, comme le film sur Haida Gwaii, c’est une histoire d’amour, cette fois-ci avec la ville qui m’a toléré, nourri et surtout épargné tout au long de ma vie adulte. Avec beaucoup de chance, la première aura lieu en avril. Pour terminer, j’aimerais mentionner que je collabore avec Barry Greenwald et Hans Engel pour encourager une nouvelle génération de réalisateurs à rallier les rangs de cette organisation remarquable, dans l’espoir de voir l’empreinte de la Guilde sur bien plus de films visionnaires ces prochaines années.

Meilleures salutations à tous les raconteurs.

***********************************************************************

Scénariste et réalisateur canadien, Charles Wilkinson a signé un vaste éventail de films documentaires et dramatiques au fil de sa carrière, qui s’étend sur plus de 30 ans. Ses documentaires, dont Down Here (2008), Peace Out (2012), Oil Sands Karaoke (2013) et Haida Gwaii: On The Edge Of The World (2015), ont été présentés sur des écrans du monde entier et ont été maintes fois salués à l’échelle nationale et internationale. En mai 2015, Haida Gwaii: On The Edge Of The World a obtenu le premier prix à Hot Docs, le plus important festival consacré au film documentaire en Amérique du Nord. Le film, qui s’est classé au deuxième rang des films canadiens les plus lucratifs par écran à l’hiver 2015-2016, présente au spectateur des solutions aux enjeux mondiaux de durabilité environnementale. Wilkinson travaille actuellement avec sa conjointe Tina Schliessler sur un documentaire consacré à la folie immobilière, et à la façon de prendre en main l’endroit où nous vivons. Wilkinson et sa famille vivent sur un bras de terre près de Vancouver.

~

Top

Pleins feux

ANNIE BRADLEY, RÉALISATRICE, CONSEIL DE L’ONTARIO DE LA GUILDE

Après la table ronde de TIFF Kids intitulée « Game Changers », qui portait sur les agents du changement et réunissait des figures de proue féminines des milieux du cinéma, de la télévision et de la réalité virtuelle, nous nous sommes entretenus avec Annie Bradley, réalisatrice membre de la Guilde, pour discuter entre autres de ses projets actuels et de l’importance du mentorat.

Pourquoi avez-vous décidé de participer à la table ronde « Game Changers », organisée par le festival TIFF Kids?

Parce que je suis polie, et lorsqu’on me demande de faire quelque chose, je ne peux pas refuser! [rires]

Blague à part, j’ai accepté parce que j’avais quelque chose à dire sur le sujet. Après tout, j’ai vécu tous ces changements. Nous vivons dans une période exaltante, puisque la technologie a considérablement démocratisé notre travail. Mais c’est aussi un peu inquiétant, car cela signifie que l’on embauche moins de réalisateurs, et que la concurrence est plus forte. On se heurte à beaucoup de défis.

J’étais aussi très heureuse de rencontrer des femmes qui travaillent dans le milieu de la réalité virtuelle et des jeux vidéo. Même si elles ont dû surmonter des obstacles de taille, elles semblent toujours optimistes et jouent un rôle crucial dans la dynamique de changement. J’ai hâte de faire plus ample connaissance avec elles, et qui sait, peut-être collaborerons-nous ensemble un jour.

Aviez-vous une mentore lorsque vous tentiez de percer comme réalisatrice?

Lorsque j’étais première assistante réalisatrice, je n’ai pas eu la chance de travailler avec beaucoup de réalisatrices, mais certaines d’entre elles se sont montrées très encourageantes. Je pense entre autres à Stacy Curtis et à Maggie Greenwald. J’ai aussi reçu des encouragements de plusieurs hommes de talent, dont Roger Spottiswoode et feu George Bloomfield. Je travaillais d’ailleurs avec George lorsque j’ai commencé à participer au programme Women in the Director’s Chair, soit juste avant que je cesse d’être assistante réalisatrice. Il me disait : « Ne regarde plus en arrière, continue toujours d’avancer. Suis le chemin de la réalisation et prends tous les risques nécessaires. Quitte ta zone de confort et fonce. » George était très heureux pour moi; c’était une personne incroyablement bienveillante, sympathique et talentueuse. Heureusement, il y a aujourd’hui plus de réalisatrices de qui je peux m’inspirer. Des femmes qui racontent l’histoire de femmes quelque peu différentes, qui prennent des risques. Comme Andrea Arnold, qui a une voix singulière bien à elle. Son premier court-métrage, Wasp, était d’ailleurs au festival Sundance la même année que mon film Tongue Bully. Il y a aussi les Catherine Hardwicke et Kathryn Bigelow, qui racontent des histoires saisissantes et abordent des sujets difficiles avec doigté, toujours dans la finesse de l’art.

Parlez-nous du groupe Film Fatales et de ses objectifs.

Film Fatales a été fondé à New York par Leah Meyerhoff. Au départ, il s’agissait d’un groupe de femmes qui se réunissaient pour s’épauler. Aujourd’hui, l’organisation compte plus de douze filiales à travers le monde, de Paris à l’Australie, en passant par Buenos Aires. Ces cinéastes indépendantes se butaient toutes au même plafond de verre. En se réunissant, elles s’entraidaient et s’encourageaient; c’est un mouvement puissant et positif. Peu importe où nous nous trouvons dans le monde, nous nous réunissons toutes à la même heure : à 19 h, le premier lundi du mois. Nous nous soutenons aussi lors des festivals de cinéma, par notre présence aux visionnements, notre participation aux tables rondes et nos échanges avec les journalistes. Nous avons géré les pages d’importantes campagnes de sociofinancement pour que des membres de Film Fatales de puissent se retrouver sur la page d’accueil, et ainsi mettre toutes les chances de leur côté. L’organisation cherche à prêter main-forte à toutes les cinéastes dans le monde, à donner de la visibilité à leur travail et à favoriser la collaboration. La branche de Toronto a été fondée par deux documentaristes, Nicolina Lanni et Chloe Sosa-Sims.

Parlez-nous du mentorat que vous faites.

J’ai été invitée à Yellowknife dans le cadre du programme Uncovering Your Vision, que j’ai créé. C’est un endroit magnifique. Le hasard fait bien les choses : tous les participants inscrits étaient des femmes. Nous étions donc sept ou huit femmes dans la salle. Ce programme est un atelier intensif en formule tête-à-tête : chaque participant doit trouver sa voix pour mieux la définir et pour comprendre le message qu’il désire communiquer en tant qu’artiste. À la fin, il a une vision claire. Même les participantes qui n’étaient pas réalisatrices ont pu développer une idée qu’elles désiraient porter au grand écran; certaines l’ont d’ailleurs fait depuis. Je trouve que le mentorat est indispensable. Il faut enseigner aux gens comment fonctionne notre industrie et les préparer à la réalité. Je crois qu’une certaine naïveté persiste dans notre milieu, parce que bon nombre de cinéastes n’ont pas encore travaillé sur un plateau qu’ils ne contrôlaient pas. Ils ont tourné des films ou des courts métrages indépendants avec leurs amis ou des gens qui les appuyaient. Mais ils n’ont jamais posé pied sur le plateau d’une série télévisée établie, une machine bien huilée dont il faut suivre la cadence, et ne se sont jamais joint à un projet déjà financé et mené par le scénariste et le producteur. Ce sont des expériences complètement différentes, qui présentent de nombreux pièges. Je crois que ma contribution la plus significative en tant que mentore est d’enseigner aux gens à cerner les idées qu’ils veulent exprimer. À mon avis, connaître sa voix est le propre des grands réalisateurs, tant au cinéma qu’à la télévision.

Croyez-vous que la meilleure façon pour une femme de délaisser le rang d’apprenti et les postes de soutien afin d’obtenir des postes avec plus de responsabilités est de trouver sa voix?

Je crois que cerner notre vision nous permet entre autres de gagner en confiance. On se sent alors comme si on a le droit de se tenir la tête haute. C’est à partir de ce moment-là que l’on se dit : « Je mérite d’être assise à cette table. Je suis créative et talentueuse, j’ai un bon esprit d’équipe et je veux que mon embauche passe pour un coup de génie. Je mérite autant que n’importe quel homme que l’on m’accorde cette chance. »

Il y a un manque de confiance envers un grand nombre de femmes. Ce n’est pas mon cas, car j’étais auparavant assistante réalisatrice. Cette expérience m’a beaucoup profité, mais elle a aussi compliqué mon passage au métier de réalisatrice, car plusieurs considéraient que le poste d’assistante ne faisait pas appel à la créativité. Aujourd’hui, je m’en sers comme argument de vente : « Je connais le processus de production et je suis capable de gérer une équipe sur un plateau de tournage. Vous n’avez pas à vous soucier de tout cela. »

Je crois qu’il faut offrir du mentorat aux femmes pour qu’elles aient davantage confiance en elles et acquièrent les habiletés nécessaires. Savoir, c’est pouvoir. Le message que j’essaie de passer aux femmes, c’est qu’il n’est pas suffisant de bien travailler avec les acteurs, ou d’être excellente sur le plan technique. Il faut connaître tous les aspects du métier. Oui, les hommes auront toujours tendance à embaucher leurs amis, même s’ils n’ont pas l’expérience requise. Il faut accepter cela, et se dire « Je vais me tailler une place grâce à la qualité de mon travail. »

Y a-t-il eu un moment dans votre carrière où vous sentiez que vous méritiez d’être « assise à la table », de faire entendre votre voix?

Oui, à l’époque où j’ai réalisé Tongue Bully, qui demeure à ce jour l’un de mes films préférés parmi ceux que j’ai réalisés. Nous l’avons filmé à Cuba. À ce moment-là, je n’étais plus première assistante réalisatrice; j’en étais à mes débuts comme réalisatrice. Je travaillais aussi comme serveuse chez Olivia’s, un joli petit restaurant où allaient souvent manger des gens du milieu du cinéma. Ce vendredi-là, Bruce McDonald et Jerry Ciccoritti étaient venus souper. Le téléphone a sonné : c’était un responsable de la programmation de Sundance qui m’informait qu’ils avaient bien aimé mon film et qu’ils le présenteraient à leur festival. J’ai raccroché et je me suis mise à crier au beau milieu du restaurant. Il était 20 h 30. Bruce a dit : « Sortons le champagne! » Tout le restaurant était en liesse. Je sentais vraiment que je méritais ma place.

Faites-vous quelque chose de particulier pour assurer la diversité au sein de vos équipes et dans vos projets?

Je suis connue pour mes distributions diversifiées. C’est l’une de mes préoccupations majeures. Lorsque j’enseigne à des étudiants, je les incite toujours à se demander : « Et si ce personnage était d’une autre race? Ou en fauteuil roulant? En quoi cela enrichirait-il ou compléterait-il l’histoire? De quelle manière cela donnerait-il du poids au message que vous voulez passer? » Au bout du compte, je suis une femme et une cinéaste, et j’aime les héros insoupçonnés et les groupes sous-représentés.

Sur quels projets travaillez-vous en ce moment?

Je travaille actuellement sur un projet vraiment emballant, qui se décline en deux versions : un court métrage, Blowback, et un long métrage, The Stand. En gros, je raconte l’histoire d’une policière.

Depuis deux ans, je rencontre en secret des policières pour me renseigner. J’ai appris des choses assez horribles. Des journalistes de la National Public Radio m’avaient entendu raconter une histoire appelée Worth Saving (« digne d’être sauvée ») et m’ont demandé de la raconter à nouveau dans leur balado Strangers. C’est ce qui m’a poussé à faire ce film.

Je comprenais très bien, en tant que femme et réalisatrice, la problématique posée par l’exercice d’un travail encore perçu aujourd’hui comme masculin. Je trouvais que cela comportait déjà un grand nombre de défis. Imaginez si je devais en plus risquer ma vie tous les jours. À quoi ressemblerait ma vie si je devais trouver ma place dans un système patriarcal, en plus de mettre chaque jour ma vie en danger, comme militaire ou comme policière?

J’étais aussi fascinée par le fait que je n’avais jamais vu un film présentant une femme qui se sauvait elle-même. On voit des femmes qui sauvent leurs enfants, leur famille, leur mari, l’humanité, l’avenir... mais jamais elles-mêmes. Cette histoire est inspirée de la façon dont j’ai réussi à me sauver moi-même d’une situation de vie ou de mort. Je voulais montrer une femme qui prenait de mauvaises décisions et voulait à tout prix entrer dans le moule, parce qu’elle ne croyait simplement pas pouvoir gagner au final. Elle est victime d’un coup monté et d’une série de revirements négatifs. Toutefois, au bout du compte, elle trouve la rédemption. Cette femme, qui prenait de mauvaises décisions parce qu’elle croyait qu’elle ne méritait pas mieux, se rend enfin compte que c’est faux. Je voulais montrer cette histoire d’une manière tout à fait viscérale, terrifiante et puissante.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes cinéastes?

Apprenez le métier. Mettez-vous à créer des films, même s’ils ne sont pas bons. Filmez-les à partir de votre iPhone. Il est trop facile d’être obnubilées par les autres, d’attendre qu’ils approuvent de notre talent, qu’ils nous disent qu’on est assez bonnes. Nous devons ouvrir nos propres portes et créer des occasions de nous démarquer.

Il faut aussi apprendre à dire non; c’est très libérateur.

*********************************************************************

ANNIE BRADLEY est une scénariste et réalisatrice maintes fois primée. Elle a travaillé sur diverses productions internationales, touchant au cinéma, à la télévision, aux vidéoclips et aux publicités. Membre de la Guilde canadienne des réalisateurs à titre de réalisatrice, elle a participé au festival Sundance, au programme Talent Lab du Festival international du film de Toronto (TIFF) et au programme Directors’ Lab du Canadian Film Centre (CFC), en plus d’être active au sein des groupes Film Fatales et Women in the Director’s Chair. Ses œuvres ont été présentées sur cinq continents et ont fait l’objet d’articles dans la revue American Cinematographer. Reconnue pour style de réalisation unique et ses distributions diversifiées. Annie travaille actuellement sur de nombreux projets destinés au cinéma et à la télévision par l’entremise de sa maison de production, The Heat Mansion. Elle a co-écrit The WBI, une comédie antiromantique – dont les personnages principaux sont tous féminins – qui a récemment été sélectionnée dans le palmarès des dix meilleurs scénarios non produits du concours 2016 du Canadian Film Fest (CFF) et du Fonds Harold Greenberg. Annie est aussi co-créatrice d’Ir-Reverend, une comédie d’une demi-heure qui a terminé sixième en 2015 au concours international de présentation de pilotes de Just For Laughs ComedyPRO et s’est rendu en quart de finale du concours Pilot Launch TV Script Contest 2015 de Screencraft. Annie réalisera prochainement son court métrage à suspense Blowback avec Peter Mooney (La légende de Camelot, Les Recrues de la 15e) et Joanne Boland (Strange Empire, X-Men : Apocalypse).

~

 

Top

Pleins feux

ARÉALISATRICE DE LA GUILDE, CONSEIL DE L’ONTARIO : APRIL MULLEN

APRIL MULLEN A RÉALISÉ BELOW HER MOUTH, QUI REPOUSSE LES LIMITES DE L’ÉROTISME AU CINÉMA. PRÉSENTÉ EN PREMIÈRE AU TIFF EN SEPTEMBRE 2016, CE FILM TOURNÉ PAR UNE ÉQUIPE ENTIÈREMENT FÉMININE A ÉTÉ DÉCRIT PAR LES PROGRAMMATEURS DU FESTIVAL COMME « L’UN DES DRAMES LES PLUS AUDACIEUX ET SEXY DE L’ANNÉE ».

LE FILM A ÉTÉ TOURNÉ PAR UNE ÉQUIPE ENTIÈREMENT FÉMININE. COMMENT EN AVEZ-VOUS EU L’IDÉE?

Avec Below Her Mouth, nous avons voulu porter à l’écran ce qu’aucun auditoire n’avait vu jusqu’ici : la représentation honnête d’une perspective toute féminine du désir, de l’amour, de l’intimité, de la sexualité et de la rupture. Nous cherchions à capter ce moment électrifiant où une chimie intense opère entre deux personnes, alors qu’elles ne s’y attendaient pas du tout.

Pour qu’une vision féminine de l’amour et de la sexualité transparaisse à l’écran, chaque département devait y mettre du sien : éclairage, son, costumes, caméra, montage, musique, etc. Nous devions mettre en vitrine la voix, la créativité et la réalité féminines pour donner vie à cette histoire. En embauchant seulement des femmes, nous avons renforcé cette intention initiale : chaque aspect du film porterait leur empreinte. Et il fallait aussi instaurer un climat de confiance pour que les actrices, Erika Linder et Natalie Krill, soient à l’aise de révéler leurs désirs et de partager leur intimité; l’équipe y a été pour beaucoup. C’est en sentant qu’elles avaient l’appui et la confiance de chacune que les actrices ont pu s’aventurer aussi loin. Sur le plateau, tout le monde vouait le plus grand respect aux actrices et à notre mission. Nous avons vécu une expérience exceptionnelle qui nous a toutes transformées.

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE VOTRE EXPÉRIENCE DE TRAVAIL AVEC L’ÉQUIPE?

Sur le plateau, nous avons su créer une atmosphère de confiance où chaque femme était à l’aise de rester elle-même. C’est pourquoi la voix du film est si forte et honnête. Ensemble, nous avons trouvé un mode de communication et de fonctionnement très fluide qui nous a permis d’apprécier encore plus notre expérience. C’était gratifiant et stimulant de voir toutes ces femmes exceller dans leur rôle. Elles se sont investies corps et âme dans le projet; c’était un honneur de transposer leur personnalité et leur vraie nature à l’écran. Je crois que le film porte la trace de cette équipe toute féminine.

LE FILM EST CONSIDÉRÉ COMME SEXY ET AUDACIEUX. PARLEZ-NOUS DE VOTRE EXPÉRIENCE PAR RAPPORT AU CONTENU. QUELS ÉTAIENT VOS OBJECTIFS? QUELS DÉFIS AVEZ-VOUS RENCONTRÉS?

De tous les films, émissions de télévision et autres matériels érotiques que j’ai vus, 99 % ont été écrits et réalisés par des hommes, dans le but d’exciter des hommes. C’est un fait que je n’ai jamais perdu de vue en tournant Below Her Mouth. Je me suis efforcée de rester fidèle à ma conception de la sexualité en tant que femme, et de créer un récit filmique qui ne se cantonnait pas aux images, aux positions et à l’érotisme que nous présentent typiquement les œuvres masculines. Je devais constamment me répéter d’oublier le « sexe de cinéma » que j’avais vu. J’ai plutôt réfléchi à ce qui m’excitait en tant que femme : quels étaient mes désirs les plus profonds, qu’est-ce qui me donnait envie de me rapprocher de quelqu’un. Voilà ce que j’ai cherché à exprimer à l’écran. Un autre de mes principaux objectifs et défis, c’était d’isoler les actrices principales, Natalie et Erika, du reste de monde; c’est un peu l’impression qu’on a quand on tombe amoureux. Je voulais qu’elles se sentent à l’aise et en sécurité, pour qu’elles puissent abandonner leurs réserves et se montrer vulnérables. Je voulais leur permettre de développer leur relation et leur laisser la liberté de s’exprimer.

QUELLE EST VOTRE EXPÉRIENCE DE LA RÉALISATION? EN QUOI LA GUILDE VOUS A-T-ELLE AIDÉE DANS VOTRE CARRIÈRE?

Mon expérience de la réalisation, je l’ai acquise en créant mes propres œuvres avec Wango Films. Tim Doiron et moi avons fondé cette maison de production après avoir obtenu notre diplôme de la Ryerson Theatre School. J’ai fait mes débuts dans l’industrie comme actrice; j’ai passé des années à observer le travail devant et derrière les caméras. Je fais partie de la scène des longs métrages indépendants; petit à petit, mes budgets pour ces films augmentent. Cela dit, j’ai adhéré à la Guilde il y a peu. J’ai découvert une communauté de personnes très talentueuses toujours prêtes à donner leur appui. La Guilde m’a récemment beaucoup aidée à faire mes premiers pas dans le monde de la télévision. C’est une chance de faire partie d’une telle association d’esprits créatifs ici même au Canada; j’ai hâte d’apprendre à mieux connaître la Guilde et ses membres.

QUEL CONSEIL DONNERIEZ-VOUS AUX RÉALISATRICES ET AUX RÉALISATEURS QUI VOUDRAIENT FORMER UNE ÉQUIPE DE TOURNAGE PLUS DIVERSIFIÉE ET INCLUSIVE?

Notre industrie traverse une période stimulante. Il y a tant de talents et de nouvelles voix à découvrir. J’aime autant travailler avec la nouvelle génération qu’avec l’ancienne. Le mélange d’expérience et de candeur m’intrigue; je crois qu’il crée une dynamique intéressante. Les besoins créatifs diffèrent selon le film, alors il faut chaque fois trouver le bon amalgame. J’aime embaucher des femmes : les femmes talentueuses ne manquent pas, il suffit de leur tendre la main. Je souhaite que notre représentation dans l’industrie cinématographique continue d’augmenter. Nous sommes loin de l’égalité et ce sera un travail de longue haleine, d’où l’importance de la sensibilisation : les femmes de la nouvelle génération doivent saisir qu’on peut y arriver. Mon conseil? Garder l’esprit ouvert et choisir la meilleure personne pour s’acquitter du travail.

*********************************************************************

Réalisatrice reconnue autant pour sa polyvalence que pour sa passion, April Mullen nous propose son nouvel opus : Below Her Mouth, une histoire d’amour électrisante tournée par une équipe entièrement féminine. Mullen a récemment été mise à l’honneur dans le cadre de l’Hommage Diamant Birks aux femmes de l’année en cinéma. Parmi ses précédentes œuvres, notons 88, un film d’action, et Dead Before Dawn 3D, qui a fait d’elle la plus jeune personne et la première femme à réaliser un long métrage non animé en 3D stéréoscopique; reconnu pour ses réalisations technologiques, le film a reçu le prix Perron Crystal. Aux côtés de Tim Doiron, Mullen a cofondé la maison de production indépendante Wango Films, qui compte cinq films à son actif jusqu’à présent. Véritable franc-tireur du milieu du long métrage, Mullen est reconnue pour ses images magnifiques et crues, son style ambitieux, sa direction d’acteurs remarquable et sa voix unique.

~

 

Top

Pleins feux

EN VEDETTE PATRICE VERMETTE: CONCEPTEUR ARTISTIQUE

VOUS AVEZ TRAVAILLÉ SUR PLUSIEURS GRANDS FILMS,NOTAMMENT C.R.A.Z.Y., ENNEMI, SICARIO ET 
L’ARRIVÉE. COMMENT PROCÈDE-T-ON POUR CONCEVOIR DES UNIVERS AVEC DES FACTURES VISUELLES AUSSI FRAPPANTES? D’OÙ VIENT VOTRE INSPIRATION?

Mon approche est toujours sensiblement la même. Après avoir lu le scénario la première fois, instinctivement, je me mets à collectionner des images, à faire des croquis. C’est un peu mon étape scrapbooking. Je les divise par lieux où se déroule l’action. Des images de textures, de lumière, de lieux, de coloration, d’installations artistiques… Tout ce qui me passe par l’esprit et qui a été influencé et inspiré par la première lecture. Dans un deuxième temps, je passe à une phase d’intellectualisation. J’essaie d’aller vers le symbolisme afin de créer des métaphores visuelles qui appuieront les scènes, l’évolution des personnages… Ces deux étapes se fondent assez facilement et naturellement. Je construis des mood boards qui m’aident à communiquer et à échanger avec le réalisateur, le directeur photo, les régisseurs d’extérieurs et bien sûr la production. C’est l’étape primordiale de mon approche et c’est ce qui détermine la suite des choses. Par la suite, tout le monde peut construire dans la même direction. J’ai vraiment l’impression que les décors, tout comme la photo, la musique, les costumes, existent pour appuyer l’histoire et non s’en emparer… Il faut être invisible et rester au service du film. Tout est une question de modulation. Un peu comme une ligne de base. 

QUELS CONSEILS DONNERIEZ-VOUS À D’AUTRES CONCEPTEURS ARTISTIQUES POUR QU’ILS EXCELLENT DANS LEUR TRAVAIL?

En fait, il faut rester soi-même. Ça semble un peu drôle à dire, mais il faut être honnête dans notre approche. C’est le meilleur appui que l’on puisse donner au réalisateur. C’est pour ça qu’il nous engage. Notre opinion est un outil. Il ne faut jamais faire de second guessing afin de plaire. C’est la pire des erreurs. Quitte à ne pas prendre un boulot. Je ne pourrais pas donner le meilleur de moi-même si je ne croyais pas à 100% à un projet. L’autre conseil que je pourrais donner, c’est d’être conscient de ses forces, mais surtout de ses faiblesses, et qu’il faut s’entourer des meilleurs gens possible, qui sauront pallier celles-ci. À QUOI RESSEMBLE UNE JOURNÉE TYPIQUE POUR VOUS SUR UN PLATEAU? Une journée typique pour moi sur un plateau est relativement simple si la préparation a bien été faite. Théoriquement, il ne devrait y avoir de surprises pour personne. Donc je présente le décor avec mon chef décorateur et mon directeur artistique, et nous expliquons à l’équipe les derniers détails… Ensuite, il faut repartir afin de préparer les journées qui viennent et s’assurer qu’il n’y aura pas de problèmes lorsque l’équipe technique se présentera pour les jours de tournage futurs. En fait, l’équipe de direction artistique et de décorateurs travaille beaucoup avant l’équipe de tournage. 

COMMENT ÊTES-VOUS DEVENU CONCEPTEUR ARTISTIQUE? QUELLES ONT ÉTÉ LES ÉTAPES DE VOTRE PARCOURS?

Plus jeune, à l’université Concordia, je rêvais d’écrire de la musique pour films et de réaliser des albums… Je suis un peu passé à côté de mon choix de carrière… Mais en fait, je considère que c’est très similaire. Il faut créer des atmosphères et essayer de comprendre le sens profond des scènes afin de leur donner une couleur propre. J’ai commencé mon apprentissage à travers les vidéoclips, les courts métrages et la pub… Beaucoup de pubs… Beaucoup trop de pubs… C’est à travers ce cheminement que j’ai rencontré des gens et des réalisateurs extraordinaires avec qui j’ai eu l’immense plaisir et la chance de développer des affinités, et surtout de partager des rêves. Ce que je retiens, c’est qu’à travers les clips on apprend surtout de ses erreurs et aussi à développer son style. La pub nous enseigne la précision, l’art de vendre (ce qui n’est pas rien) et de parfaire une certaine signature. Les courts métrages nous amènent à raconter de vraies histoires et à mettre en œuvre ce que l’on a appris.

COMMENT LA GUILDE A-T-ELLE CONTRIBUÉ À FAIRE AVANCER VOTRE CARRIÈRE DE CONCEPTEUR ARTISTIQUE?

La Guilde m’a aidé à consolider mon expérience une fois que je suis entré dans le monde du long métrage. La Guilde est une association essentielle au bon développement de notre métier. Pour nous et pour les générations futures. Tout comme les autres associations le font déjà, il est primordial que la Guilde puisse représenter les concepteurs artistiques au-delà du long métrage.

PARLEZ-NOUS DE VOTRE PARTICIPATION AUX PRIX DE LA GUILDE ET DU NOUVEAU PRIX DÉCOUVERTE DE LA GUILDE?

J’ai toujours été intéressé par le cinéma canadien en général. Au Québec, nous avons l’immense chance d’avoir notre langue et, par le fait même, nous avons pu développer notre propre star system. Ceci nous a permis d’exposer notre identité et celle de nos créateurs. Par ailleurs, j’ai vraiment l’impression qu’il y a un énorme combat au Canada anglais. Il y a tellement de talent, mais ce talent a de la difficulté à faire surface, car il semble noyé dans l’offre du cinéma américain qui dispose de beaucoup plus grands moyens financier de promotion. Je trouve ça triste. Il faut trouver ensemble des solutions afin de donner plus de visibilité au talent canadien. Nous avons la chance de créer à l’intérieur d’un système subventionné à 100%, qui n’est pas basé sur les succès au box-office. C’est énorme, il faut continuer à se servir de ce levier afin de développer notre propre identité. Une signature forte. Les films soumis pour le Prix découverte de la Guilde n’ont fait que confirmer l’immense diversité et l’avenir prometteur du talent canadien. 

QUEL EST VOTRE PROJET PRÉFÉRÉ À CE JOUR, ET POURQUOI?

Sérieusement, ils sont tous différents. J’ai embarqué à plus de 100% dans chacun, et ils m’ont tous apporté quelque chose de nouveau, j’ai grandi à travers chacun d’eux. C’est comme une chaîne. Chaque maille est importante. Sans Les Mots Magiques, il n’y aurait pas eu C.R.A.Z.Y. Ce film nous a donné des ailes et le désir d’aller plus loin. Sans ce film, il n’y aurait pas eu la possibilité d’aller s’amuser en Angleterre pour Young Victoria… Sans ce dernier, il n’y aurait pas eu de nomination aux oscars… Enemy est une rencontre artistique et une approche libre. Un trip de chums. Sans Enemy ni Young Victoria, il n’y aurait pas eu Prisoners et ainsi de suite. 1981 et 1987 sont des films qui m’ont fait un bien énorme. Arrival a été une expérience extraordinaire et aussi très personnelle l’année dernière. Il y a le cinéma mais, à travers les films, il y a les rencontres, les amitiés et le partage entre gens tout aussi passionnés. C’est ce qui est le plus beau dans ce métier. La charge d’énergie de tous ces gens qui vont dans la même direction. Ce n’est pas un métier, c’est une vocation. 

******************************************************************************

Patrice Vermette est un concepteur artistique et directeur artistique canadien qui a remporté de nombreux prix, incluant le Genie et le Jutra de la meilleure direction artistique pour C.R.A.Z.Y.  Il a également collaboré aux films 1981, La Cité, Café de Flore, Enemy, Sicario et, plus récemment, à Arrival. Patrice Vermette a aussi été en nomination pour l’oscar de la meilleure direction artistique pour le film Victoria: Les Jeunes années d’une reine.

~

 

Top 

Pleins feux

Talking to DGC Members from across our country about their craft 

DGC ONTARIO ADs: Jill Girling and Lori Mather-Welch 

What was your first role in the film industry?

JILL: I was working as an office PA for Producer Pasia Schonberg for a movie that never happened. When the movie went down, she was kind enough to introduce me to John Eckert, who hired me as an AD on Legends of the Fall for the Vancouver portion of the shoot. So, the official answer to that question is, getting Brad Pitt water was actually my first role in the film industry.

LORI: My first full time job was the fourth AD on Queer as Folk. It was a big show and an important one and I was thrilled to be a part of it. That crew was amazing. I made some lifelong friends on that show. Everyone was really helpful and I asked a ton of questions that were always welcome. I learned lenses, angles, lighting, everything. I was like a sponge. A lot of really amazing directors worked on that show – and I started to pay attention early on.

When did you realize you wanted to develop your own projects?

JILL: That was always the goal for me, but it’s easy to get sidetracked by day to day life and work. I loved being an AD and knew that it was going to teach me how to be a producer, so I was happy doing that. Then one day, Lori came along and mentioned that she had heard that I was a writer. So was she. Maybe we should try writing something together. At first I brushed her off, saying I was too busy, but a few months later, I realized I was just scared. We were working together at the time, and I called her to set and said - “Okay. Let’s try this.” Our lives changed in that moment.

LORI: I’ve always been a storyteller. And I knew in University that is what I wanted to do with my life. I just wasn’t sure how to get there. I started taking a novel writing class and was working away on that when I met Jill. The thing was – I didn’t enjoy the solitude of a typical writing day, Which meant I needed to find another way. The thing about Jill that struck me when we first met is her ability to craft a story. So I was like…aha….this might be a match made in heaven. Well that, and the fact that for some reason we make each other laugh until tears are streaming down our faces over the tiniest things – much to the dismay of some of our 1st Ad’s!

What was the biggest obstacle you faced in getting your own project (“Ride”) off the ground? How did you overcome it?

JILL: Actually, there were very few obstacles getting RIDE made. It was all the projects before RIDE that were difficult! For literally ten years we faced nothing but rejection. We came so close so many times but something always got in the way. Often it was our lack of experience, but no one would give us a break so we could gain some experience! It was incredibly frustrating. Thankfully we have an amazing agent - Amy Stulberg at Vanguarde Artists and she and owner Tina Horowitz believed in us and kept us on as clients when many others would have shown us the door.
Finally, Joel Rice (President of Muse Entertainment USA) gave us a big break. I’d worked with Joel as an AD many times and he was kind enough to read a lot of our work. There was a Hallmark movie based on the book My Life As A Doormat that was looking for writers. Joel fought for us, we got the job and the renamed Love’s Complicated shot last November in Sudbury. Then Lara Azzopardi gave us an episode on her great new show BACKSTAGE, so things were starting to move forward.
While I was still ADing, I was working on Nickelodeon’s Max and Shred. Producer Jim Corston was kind enough to introduce me to Executive Producer Joan Lambur, from Breakthrough Entertainment, saying that I was a writer and that she should have a chat with Lori and I. Joan took us to lunch and mentioned that she really wanted to do a show about a horse and a girl and offered us the opportunity to pitch something. The next thing we knew, RIDE had a development deal with Nickelodeon and then a green light. It was incredibly fast and very obstacle free! We were able to shoot the interiors in Toronto with one of the best crews in the city. We were incredibly lucky.

LORI: I don’t really look at it as an obstacle, but more as a journey. Everyone will have a different path. I think the best thing for us was that we had this incredible belief in ourselves that carried us through the first couple of years. After writing our first script, which is a total disaster by the way, we thought we’d just sashay it into HBO and call it a day. Oops. It still makes me laugh that we actually thought this would be easy. It took a lot of hard work, that’s what makes the pay off so rewarding.
I think the obstacles that many writers face is rejection. They give up. They convince themselves that they suck. And lucky for us there are two of us – and I think that may have been the key to hanging on. When I was ready to give up, Jill pushed me. When she was packing her things and moving to Thailand, I pushed back. When one of us felt terrible about what we put on the page, the other encouraged. Through it all we taught ourselves to write, and how to get the best out of each other, and when to take breaks to refill the creative well.

What advice to you have for filmmakers who are juggling a full-time film role and also trying to create their own projects?

JILL: That as difficult as it is to juggle both - just do it. The payoff is huge. There will be major sacrifices, a ton of rejection, you will always be tired and you will likely question your sanity. Oh, and you’ll be doing this for free. However, if you’re as lucky as we have been, you’ll also have amazing family, friends and colleagues that will encourage you every step of the way. There will be days where you think, “I have no ideas left. Maybe I don’t really know how to do this.” And when the panic sets in - write something anyway. Even if it sucks. Because chances are, it’s probably not as bad as you think and even if it is - it keeps you from getting blocked. Just keep going. And always have Journeys Don’t Stop Believing handy on your playlist. Seriously.

LORI: Want it more than anything. Nothing is stronger than passion. Push. Then push harder than you ever thought possible. Know that there are times when you have to fill the bank account and don’t let that frustrate you. Let it be a break from the creative and a chance to let your mind rest. Working in film as your full time job is an amazing opportunity to learn. There is always something or someone to learn from, whether it be working with a director you admire, or a DOP that inspires you…there is so much talent in this city, let them be your teachers.

What skills did you gain as an AD that you use in your work today as show runners on Paris Opera?

JILL: The skills I learned as an AD continue to be invaluable. The ability to multitask being number one! We were just in Paris for meetings on Paris Opera and as we went through the budget, I realized how much I had picked up along the way. Everything from shooting schedules, to crewing, to studio vs location - these are all things I’ve dealt with for twenty years as an AD. Early on in my career as a 2nd, I asked my first AD’s if I could attend all of the meetings, even the ones I wasn’t really needed in. I kn

 

ew I wanted to be a Showrunner one day, and being proactive and becoming as involved as I could was a great decision because I learned from the best Producers, Directors, AD’s and PM’s what questions to ask, when to listen and when to act. I can’t stress enough how being an AD has helped first as an EP on RIDE and now as Showrunner on Paris Opera.

LORI: I agree. As an AD you are communicating with every department, and as a result you start to understand what every department needs to succeed. This alone is very helpful when communicating your vision of a show. We’ve been in the trenches on those big shows with long hours, in the rain, and you forgot your rain gear! We have the utmost respect for every person that works on a film set. We understand how hard it is. And when a crew gels, it’s like magic. It’s like family. That’s the kind of atmosphere we strive for. When all the creative minds start to merge into one vision. That’s when the magic happens.

How did you manage your time while both writing and ADing?

JILL: It was definitely a challenge! I don’t think we had a full weekend for about ten years. Every Saturday or Sunday - sometimes both, was spent writing. I started taking shows that only shot in studio and wrapped early so I could go home and write. Thank you to Tony Poffandi and Michael Bowman for hiring me on Life With Derek - that literally changed the game for me. They were lower tiered shows with no OT, so there was a significant drop in income, but what I gained was time. We would wrap at 630, or 700, so I could go home and write for a few hours every night. I was no longer shooting until 600 am on Saturday mornings, so I was free to write on weekends. It really changed everything. Eventually, as we had more projects on the go, I started to work only six months a year as an AD and write for the other six. It was a struggle financially but it was the only to do it. When we had the development deal for RIDE, we didn’t have the green light yet, but I made the decision that Max and Shred would be my last AD gig. I was so grateful for everything that job had done for me, but it was time to become a full time writer. I had to trust it was the right time. And luckily, it was!

LORI: Lori: I don’t remember. I was too tired. Ha. I left the Industry earlier than Jill for a different kind of tired. Kids. But you do it. You protect your writing space and treat it with the same respect as your full time job. I think you have to be willing to take a leap of faith, financially. We worked around each other’s schedules and we laughed a lot. Some times that’s all it takes. A whole lot of laughter.

How has the Directors Guild of Canada supported you in achieving your goals? (i.e Was there any professional development that helped, or any other DGC resources that helped you achieve your success.)

JILL: That’s easy - it’s the people. So many amazing members have supported us, encouraged us, come on the journey with us. Especially Victoria Harding. From the very beginning, Victoria has been a huge support. In our first year it was Victoria and Kevin Lafferty who encouraged us to write our movie STARCROSSED. We would meet with them once a week and they’d give us super smart notes. They've been amazing. And the first AD’s, PM’s and Producer’s I’ve worked with. John Pace, Mark Pancer, Tony Poffandi, Michael Bowman, Mark Reid, Elizabeth Young, Ross Leslie, Kevin May and Jim Corston, . These guys would not only allow me to take time off to write, or leave set to take a conference call, they encouraged it! And then there are the Director’s! Brian Roberts, Stefan Scaini, Steve Wright, Don McCutcheon, the list goes on and on. I’ve felt supported by my fellow AD’s and fellow members from day one - and thank you for that! I’ve been incredibly lucky and I’m incredibly grateful to all of them.

LORI: Yep. The people. I too, had a lot of encouragement and support. My last show as an AD was with Linda Pope and she was awesome. I admired her – and she was inspiring. We talked a lot about moving forward, and she gave me some very timely advice that I took to heart. Also on that show I worked with David Wellington and he too was so encouraging and supportive, I knew if I had questions, I had people to turn to. We have been surrounded with amazing people. And thank you to all Jill’s first AD’s who allowed me to call her, like every seven seconds!

****************************************************

Jill and Lori both started as ADs.  Thanks to the wonderful script supervisor Winnie Jong who told them both that they must work together, they finally had the opportunity when Jill joined the AD team on Queer As Folk, where Lori was already the 3rd AD.  It was love at first sight and as they continued to work as ADs together, it was that fateful day when Lori approached Jill about writing together that changed everything.  It would be a few months before Jill would accept, but once she did, the duo have been inseparable, supporting each other through years of rejection, love and loss, becoming not only rock solid partners, but the best of friends.  They are often asked their secret, as it’s clear to anyone who knows them that what they have is something special.  “That’s easy,” they answer.  “We are complete polar opposites, but that’s what makes us work.” Even to this day, they laugh when ordering food in a restaurant.  Take ordering a burger as an example.  Jill’s is gluten free, dairy free, organic, with truffle mayo and every condiment available while Lori would like a plain burger with two slices of cheese.  “Nothing else on that?” asks the waiter.  Lori shudders.  “Of course not. It’s a burger.”

Jill thrives in the city, and considers the suburbs a worse fate than hell.  Lori happily lives in Port Credit and curses every drive she must make into the city. Their music tastes differ, and they barely survived the “Bowie Incident,” but Lori learned from that fateful day – that when it comes to Bowie, just smile and push play. Lori likes the stability of roots, while Jill goes bonkers if she has to stay in one place for too long.

The list of opposites goes on and on, but somehow this Harry Potter-like magic occurs between this duo, bringing both of their strengths to the surface, merging in a way that feels like it comes from the cosmos. It sounds weird, but it’s true. And they’re loving every minute of it.

 

TOP

 

 

suivez le DGC